En France, la diaspora votera pour la présidentielle

Avec ses 60 000 électeurs, dont 32 000 pour la seule circonscription de Paris, la diaspora sénégalaise en France constitue un enjeu important pour l’élection présidentielle dont le premier tour se déroule le 24 février au pays de la Téranga. Ce scrutin est très attendu par les Sénégalais de France, mobilisés et impliqués dans la campagne des différents partis depuis plusieurs mois.

A la Plaine Saint-Denis, le 24 novembre 2018, plus de 5 000 personnes étaient rassemblées au Dock Pullman pour la venue exceptionnelle d’Ousmane Sonko, leader du Pastef, un parti d’opposition, et benjamin des candidats à l’élection présidentielle sénégalaise. Le meeting était organisé par les militants du parti issus de la diaspora en France. Tous attendaient avec impatience de voir celui qui souhaite détrôner le président sortant Macky Sall, chef de file de la coalition Benno Bokk Yakaar,candidat à sa propre succession.

« Il y avait tellement de monde réuni au Docks Pullman pour sa venue. J’avais les larmes aux yeux, c’était plein d’émotion. D’autant que nous avions organisé l’événement », se souvient Mouhamadou Seck, secrétaire général de la coordination de France du PASTEF et responsable de la cellule du Val d’Oise, « Après le meeting, j’ai pu voir l’implication des militants et toute l’énergie qu’ils déploient pour le candidat. C’était incroyable. Des gens ont fait des kilomètres pour venir à leur propres frais » poursuit-il. 

Comme la plupart des 32 000 sénégalais attendus pour voter à Paris, ce dimanche 24 février, pour le premier tour du scrutin, les quelques 2 000 militants du Pastef en France font partie d’une diaspora mobilisée, et et qui se sent concernée par les enjeux politiques de son pays.  En France, ils seront plus de 60 000 à aller voter, ce dimanche 24 février, au premier tour de l’élection présidentielle.

Avec plus d’un milliard d’euros envoyé au Sénégal chaque année, dont 80% de cet argent est destiné à un soutien familial, la diaspora sénégalaise représente un poids économique majeur. Mais c’est aussi son influence politique qui pourrait s’avérer importante, car « on a l’habitude de dire qu’elle vote et qu’elle fait voter » explique Mohamed Seydi, responsable de la communication du Parti Socialiste sénégalais en France. C’est ce qui explique que les candidats sont aussi soucieux de faire campagne en France.

« Délocaliser la campagne»

Au Sénégal, la campagne présidentielle a officiellement débuté le 2 février dernier. Mais les militants des différents partis n’ont pas attendu cette date pour se mobiliser à l’étranger, partout en Europe et en particulier en France. Un travail de terrain quotidien afin de sensibiliser la population, particulièrement en Ile-de-France, où la communauté est très présente. « Nous battons campagne depuis un an et demi, en essayant d’aller voir les électeurs dans des foyers ou en organisant des sorties, sur des marchés par exemple. Nous voulons comprendre les problèmes pour faire remonter les revendications de la diaspora au Sénégal », explique Mouhamadou Seck, « Nous avons accéléré depuis le début du mois. Nous avons organisé plusieurs événements. J’ai moi-même assisté à une soirée de levée de fonds à Nantes. Nous organisons aussi des meetings dans plusieurs villes (Paris, Bordeaux, Lille), où l’on donne la parole aux responsables du parti » poursuit-il. 

Même son de cloche du côté du Parti socialiste, engagé au sein de la coalition pour le président sortant Macky Sall : « Nous nous rendons dans des foyers de travailleurs, dans des résidences étudiantes, où il y a une forte concentration de Sénégalais, afin de sensibiliser les gens. Nos bénévoles organisent des réunions d’information et fond beaucoup de porte à porte », se félicite Mohamed Seydi, « Nous avons mis en place des comités électoraux dans toutes les zones où se trouvent les bureaux de vote. Nous sommes donc présents dans plusieurs villes de province (Bordeaux, Nantes, Strasbourg…) et dans tous les départements d’Ile-de-France », poursuit le responsable du parti.

En 1990, la diaspora sénégalaise a obtenu le droit de vote. Puis en 2017 la diaspora a obtenu le statut de quinzième région administrative du Sénégal. Elle bénéficie donc d’une représentation parlementaire, au même titre que les autres régions du territoire. Dans cette perspective, les partis politiques sénégalais émergents ont su s’établir durablement en France, et s’organiser de manière très cadrée.

C’est le cas du Pastef, et du Parti de l’unité et du rassemblement (PUR), créé en 1998, qui présente un candidat au scrutin présidentiel pour la première fois cette année. Il s’agit du sexagénaire Issa Sall.  « Notre parti est découpé en deux départements en Europe : le département de l’Europe du Sud, avec l’Italie l’Espagne et le Portugal, et le département de l’Europe du Nord, de l’Ouest et du centre (FENOC) avec la France, la Belgique, la Suisse, les Pays-Bas, l’Angleterre. Chaque département est subdivisé en fédérations, elles-mêmes divisées en sections et en cellules. En Ile-de-France nous avons donc 8 cellules différentes très bien organisées », explique le secrétaire général du FENOC, Cheikh Tidiane Youm. Un système hiérarchisé et un découpage que l’on retrouve également au sein des autres partis.

Des militants de la Mouvance présidentielle engagés sur le terrain, dans une résidence étudiante, dans l’Essone, en janvier dernier. @Mouvance présidentielle France 2019.

« Une diaspora connectée à son pays »

Comme le reconnaissent à l’unisson les responsables des différents partis sollicités – exception faite des représentants des candidats Idrissa Seck (Parti Rewmi) et Madické Niang (ex Parti démocratique sénégalais) – la diaspora sénégalaise en France est d’autant plus impliquée dans la campagne qu’elle peut désormais suivre en temps réel ce qu’il se passe au Sénégal. « Tout est relayé rapidement par les médias, et nous utilisons des sites d’information très populaires pour suivre de près l’actualité. La politique est un sujet passionnant pour les Sénégalais. Quand des gens se regroupent, des familles, des amis, la question politique est abordée dans 90% des cas. Mais les outils les plus importants, ce sont les réseaux sociaux, notamment Facebook, et surtout WhatsApp », dit Mohamed Seydi, « Quand le PS diffuse une information sur WhatsApp, souvent sous la forme de messages audio ou de vidéos, cela se répand très rapidement. Nous sommes certains de toucher un maximum de personnes. Les gens relaient l’information très vite. Je fais moi-même partie d’une quinzaine de groupes WhatsApp où l’on partage des informations. C’est indispensable pour notre campagne »,poursuit le militant du PS.

L’instantanéité des réseaux sociaux permet aux militants de la diaspora d’être en contact direct avec les cadres du parti, et avec d’autres militants mobilisés en province, à Dakar ou Saint-Louis. En témoigne les propos de Cheick Tidiane Youm, « Au PUR, nous n’avons pas lésiné sur les moyens concernant les réseaux sociaux. Une équipe de communication et un community manager ont été désignés. Nous avons mis en place des groupes WhatsApp pour faciliter les échanges. En tant que secrétaire général, cela me permet d’avoir un oeil sur tout ce qui a été fait »,reconnaît le secrétaire général du FENOC.

Autant de moyens qui, en période de campagne présidentielle, incitent davantage la diaspora sénégalaise à s’informer. « L’implication de la diaspora est permanente, et pas seulement en période de campagne électorale. Au PUR, il faut que nous sachions précisément ce qui se passez au Sénégal. Il y a un besoin de participer à la construction de ce pays », dit Cheikh Tidiane Youm. Même chose au Pastef en France, qui a été le premier à soutenir financièrement Ousmane Sonko en mettant en place une cagnotte en ligne pour verser son salaire au candidat

C’est dire l’engagement des Sénégalais de France dans l’élection. Qu’il s’agisse de militants ou de simples citoyens, tous conservent un lien charnel avec leur pays d’origine. À Paris, les Docks Pullman seront exceptionnellement reconvertis en bureaux de vote pour le premier tour de la présidentielle. 

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