Les étudiants de l’Ecole Polytechnique dénoncent leurs conditions de logement

Depuis trois semaines, les étudiants de l’Ecole Supérieure Polytechnique (ESP) de Dakar sont en grève et dénoncent leurs conditions de logement. Nombre de lits insuffisant, insalubrité des parties communes, coupures d’eau, le campus peine à accueillir ces étudiants décemment, malgré le statut privilégié de cette école.

Une forte odeur se dégage de l’ancienne salle de taekwondo au rez-de-chaussée du pavillon de l’Ecole Supérieure Polytechnique de Dakar. De multiples déchets, des mares d’eau croupies et même des plats pourris jonchent le sol de cet espace qui était la salle d’entraînement de la meilleure équipe universitaire de taekwondo du pays. Le plafond s’est en partie effondré en raison d’infiltrations d’eau, la rendant inutilisable.

Les étages ne sont pas plus reluisants. Les étudiants s’entassent souvent à quatre, parfois à six dans des chambres prévues pour deux personnes. De simples matelas recouvrent la dizaine de mètres carrés qui constituent le sol de ces chambres, et le linge qui sèche emplit davantage l’espace. Les toilettes et les douches communes sont vétustes, mais aujourd’hui il y a de l’eau, ce qui est une situation quasi exceptionnelle selon les étudiants croisés. « Un seul pavillon sur les cinq est correctement alimenté en eau. Parfois, nous avons seulement huit toilettes fonctionnelles pour 1000 étudiants », confie un étudiant, avant que notre visite ne soit interrompue. Une représentante du COUD (Centre des Œuvres Universitaires de Dakar) nous demande de partir et d’appeler le chargé de communication. Initiative qui n’aboutira pas malgré de multiples tentatives.

Toilettes en travaux dans le pavillon A de l’Ecole Supérieure Polytechnique de Dakar (crédits photo : Anaëlle De Araujo)

Les lits de la discorde

A quelques mètres de là, dans la salle commune de l’école, une vingtaine d’étudiants se sont réunis pour décider de la suite à donner à leur mouvement de grève. Depuis trois semaines, les cours ont été annulés. « Nous dénonçons l’attribution de chambres de notre école à des étudiants d’autres campus. Notre situation est spécifique car 90% des 4000 étudiants de l’école sont logés sur place, ce qui n’est pas le cas pour les autres. Cela s’explique par notre planning chargé », explique Pape Assane N’Daye, président du Comité exécutif des étudiants de l’ESP. Ces futurs ingénieurs ont 40 heures de cours par semaine auxquelles s’ajoutent 20 heures de travail personnel.

Et les étudiants ne cachent pas leur fierté d’appartenir à ce qu’ils considèrent comme « l’élite » et « la meilleure école d’ingénieurs d’Afrique de l’Ouest ». Le taux de réussite du concours d’entrée est de 5%, et de multiples projets d’étudiants ont été primés, dont l’application de géolocalisation de bus WeeGo. Cette situation privilégiée de l’ESP est à l’origine des tensions. « Ici, c’est le luxe par rapport aux autres logements de l’université. Eux parfois, ils sont dix dans une chambre, mais ils ont décidé de ne pas protester alors que nous oui », constate Abdou Salam Cissé, étudiant à l’ESP, et locataire d’une chambre dans le dernier pavillon construit par le COUD. Le COUD, dans un communiqué parvenu à PressAfrik, souligne également cette inégalité de traitement: « Dans la répartition des 4000 nouveaux lits, les étudiants de l’ESP, malgré leur contestation, sont pourtant les plus privilégiés. En effet, les étudiants de l’ESP ont obtenu 444 lits soit plus de 11% du quota alors que leur effectif ne fait pas 2% des étudiants de l’UCAD. Ils ont ainsi vu leur capacité d’hébergement qui était de 496 lits l’année dernière augmentée à près de 90%, soit au total 940 lits ».

Insalubrité et insécurité

C’est dans ce contexte que des violences ont éclaté lorsque les étudiants ont bloqué leur campus. Des affrontements entre les élèves de l’ESP et ceux des autres facultés ont fait de nombreux blessés, dans les deux camps. Après cette action, le comité des étudiants compte poursuivre les négociations et présenter une charte au COUD. En plus de la répartition des quotas de 4000 lits, les étudiants dénoncent la qualité des services de restauration et l’insécurité. « Tout le monde peut entrer dans les pavillons. Il y a des intrusions et des vols », raconte un élève en montrant des portes de chambres qui ont été cassées et rafistolées avec des plaques en bois.

Malgré une situation qui n’évolue pas, le comité des étudiants envisage de faire retomber la pression en acceptant la reprise des cours dans les jours à venir. En attendant des négociations.

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