Les Chinois restent des étrangers au Sénégal

A Foundiougne, une entreprise chinoise construit un pont qui doit permettre de désenclaver une vaste zone. Mais les habitants s’irritent de voir que les ingénieurs chinois ne se mélangent pas du tout à la population locale.

Il fait près de 39 °C, ce mardi, mais le vent marin suffit à rendre l’air respirable dans cette région de Sine Saloum, à l’ouest du Sénégal. Les pirogues glissent paisiblement sur le bras de mer qui sépare les villes de Fatick et Foundiougne. Mais le vacarme du chantier du pont rompt le calme ambiant. Le temps de la traversée, il est possible d’observer les travailleurs à l’ouvrage, sur les gigantesques piliers de béton.

Le marché hebdomadaire de Foundiougne où les commerçants désespèrent de n’avoir fait aucune vente de la matinée. Crédit photo : Zina Desmazes

Ce pont de 1,3 kilomètre, à péage, permettra de désenclaver les Îles du Saloum et de faciliter la vie des habitants. « C’est une grande porte qui s’ouvre pour nous ici et pour les touristes. Aujourd’hui, leur venue est freinée par le manque d’infrastructures », dit Assane Canara, guide local. La construction de cet ouvrage coûtera 41,6 milliards de Francs CFA (63,5 millions d’euros).

Pour ce guide, le pont sera un bon moyen de relancer le tourisme de sa ville natale.
Crédit photo : Zina Desmazes

Avec le lancement des travaux, les habitants ont vu arriver des ingénieurs chinois, puisque c’est une entreprise chinoise qui les réalise. Et les Sénégalais regrettent leur manque d’intégration. « Certains commencent à parler wolof pour faciliter les échanges commerciaux. Mais j’ai rarement vu un Chinois dans un de nos restaurants, dans un de nos taxis ou acheter des fruits dans un de nos marchés », énumère avec amusement Alla Dieng, le directeur d’Unacois Yeessal, l’Union nationale des associations de commerçants et industriels du Sénégal. 

Des interactions sociales limitées au cadre professionnel

Ce manque de curiosité pour les us et coutumes locaux ne fait pas rire un habitant de Foundiougne. Pour exprimer son mécontentement, il sort d’un placard au fond d’un restaurant des sachets de soupes de nouilles instantanées, de la marque « Yum-Yum ». « Les ingénieurs chinois ne mangent que ça, rien d’autres, ils ramènent leurs propres machines, leur propre nourriture et ils vivent ensemble derrière le village des pêcheurs », accuse-t-il.

Samba Sow, artiste sculpteur de Foundiougne, déplore également le manque d’adaptation des Chinois au mode de vie local. « Quand Macky Sall nous rend visite, ils ne font pas la fête avec nous. Alors que c’est avec lui et le gouvernement qu’ils collaborent. Ils ne se mélangent pas, ne mangent pas comme nous, ne dorment pas avec nous ». Les interactions sociales sont ainsi limitées au cadre professionnel.

L’exemple du pont de Foundiougne 

Les conditions de travail des jeunes travailleurs sénégalais sur le chantier laissent également à désirer. Sur le pont, les ouvriers sont payés 3.000 francs CFA (environ 4,50 euros) la journée. C’est le cas de Mohamed Niang, 22 ans. Après trois mois de bons et loyaux services, il a quitté le chantier pour travailler à plein temps dans un restaurant du port. « Nous sommes tous journaliers, payés peu. Mais nous en avons besoin pour vivre, donc on accepte, on prend des risques ».

Le pont de Foundiougne fera 1,3 kilomètre de long. Crédit photo : Nina Gambin

Ce jeune homme considère avoir eu de la chance, car il ne s’est jamais blessé. « Un ami s’est fait une fracture à la main, mais comme nous ne sommes pas sous contrat, nous ne sommes pas protégés. Donc c’est à nous de payer ». Les accidents du travail ou les pertes d’outils ne sont pas indemnisés et sont donc aux frais des travailleurs. « Les jeunes sont employés mais pour des tâches de moindre importance. Les Chinois ne sont la que pour les affaires », critique le directeur d’Unacois Yeessal.

Avec cette nouvelle infrastructure, la ville de Foudiougne espère avoir de nouvelles opportunités pour dynamiser l’économie locale, soumise au bon vouloir de la météo et aux aléas de la pêche à la crevette rose. Si l’arrivée des Chinois est considérée comme un facteur d’amélioration, la présence massive de leurs produits dans les magasins est vue de façon moins positive. Les Sénégalais surnomment parfois leurs marchandises « la pacotille » car ces produits sont peu robustes. « Leurs habits et leurs chaussures sont de mauvaise qualité, nous les portons le temps d’une soirée, heureusement que leurs routes sont de meilleure qualité », plaisante Samba Sow, qui ponce une fourchette en ébène, assis en tailleur sur un tapis,

Samba Sow vit du commerce de ses sculptures. Crédit photo : Zina Desmazes

Comme c’est le cas avec le pont de Foundiougne, les Chinois sont à l’initiative de nombreux projets au Sénégal dans des secteurs allant des transports à l’énergie. Ces travaux sont réalisés grâce à des prêts à taux préférentiels.

« L’Afrique est devenu un enjeu important pour les Chinois », souligne Alla Dieng, directeur exécutif de l’Unacois Yeessal. Et celui-ci de rappeler que longtemps le Sénégal a commercé avec la Chine, ce qui a poussé les Chinois à venir investir sur place.

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