Inquiétude autour de cartes d’électeurs non-distribuées

A moins de dix jours de l’élection présidentielle, certains Sénégalais n’ont toujours pas de carte électorale. 250.000 citoyens ne seraient pas aller chercher l’unique document qui leur permet de voter, selon les chiffres du ministère de l’Intérieur. Entre manque d’information et problèmes administratifs, ce dysfonctionnement pourraient perturber le scrutin.

« Chères Sénégalaises, chers Sénégalais, pour rappel, à 10 jours de l’échéance #Election2019, n’oubliez pas de vérifier votre bureau de vote et de retirer vos cartes d’électeurs, jusqu’à la veille de l’élection », a tweeté le compte officiel de la Présidence du Sénégal, jeudi 14 février. Pour voter, les citoyens âgés de plus de 18 ans doivent en effet se munir de cartes d’identité biométrique, qui font désormais office de carte d’électeur.

Mis en circulation depuis 2016, ces documents s’inscrivent dans la refonte partielle du fichier électoral entamé cette même-année, sur recommandation de la Cedeao (Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest), l’organisation intergouvernementale ouest-africaine.

250.000 Sénégalais sans carte d’électeur, un chiffre contesté

Les cartes d’identité biométriques ont été instituées en 2016, sur décision du président Macky Sall. Munie d’une puce, cette carte électorale permet de voter, mais également de se déplacer dans l’espace de la Cedeao. Problème: 250.000 Sénégalais n’ont toujours pas retiré leurs cartes d’électeur dans les commissions administratives, selon les chiffres du ministère de l’Intérieur. Ce serait en réalité beaucoup plus, selon Ababacar Fall, secrétaire général du Gradec, Groupe de recherche et d’appui-conseil pour la démocratie participative et la bonne gouvernance. « Il faut être très prudent avec les chiffres du ministère », confie-t-il d’un ton posé. Il y a plusieurs semaines, le Gradec a entrepris une tournée de recensement des cartes électorales distribuées à travers 22 départements du pays. Dans le cadre de leur projet, « Forum des partis politiques », les membres de cette organisation de la société civile ont relevé un nombre de 271.000 cartes non-retirées dans 22 départements du Sénégal. C’est plus que les chiffres du ministère de l’Intérieur (250.000), qui valent pour les 45 départements du Sénégal.

« Un manque d’information » auprès des électeurs 

Les problèmes relatifs aux cartes d’électeurs sont multiples, mais la première faille réside dans le manque de communication de la part de l’administration. Et c’est notamment le lieu de la commission dans laquelle les Sénégalais peuvent venir retirer leurs cartes, qui présente des difficultés. « Lors de la refonte partielle, il y a eu le principe de la ‘compétence nationale’. Par exemple, si un Sénégalais habite à Saint Louis, mais qu’il travaille à Dakar, la commission qui délivre sa carte peut se trouver à Dakar, sans qu’il ne le sache. Lorsque les cartes ont été produites, on ne précisait pas à certains qu’il fallait retirer les cartes au niveau des commissions mères, comme à Dakar. Aujourd’hui, beaucoup de gens ne savent toujours pas où il faut aller retirer les cartes », déplore Ababacar Fall, qui s’inquiète que certains citoyens soient empêché d’exercer leur droit de vote. L’autre souci réside dans la production même des cartes: « Certaines cartes ont été envoyées en vrac, sans listing, sans un tri préalable, ce qui fait que les populations ont parfois des difficultés à voir la traçabilité de leur carte ».  

10.000 francs CFA pour un duplicata

De son côté, le ministère de l’Intérieur assure que la distribution des cartes électorales s’est fait dans la « transparence la plus totale », et appelle tous les citoyens qui le peuvent, à aller retirer ce document, jusqu’à la veille du scrutin, le 24 février prochain. Pour les Sénégalais qui n’ont pas pu venir chercher leur carte, un duplicata du document peut se substituer au fameux document lors du vote. Ce duplicata est délivré par certains commissariats au Sénégal, et coûte 10.000 francs CFA (soit 15,20 euros). « Cette procédure peut être pénible, car tous les commissariats ne délivrent pas de duplicata. Beaucoup de Sénégalais se découragent, et préfèrent ne pas aller voter plutôt que de se battre contre une administration qui présente des failles incontestables », souffle Ababacar Fall. « La carte, c’est la pièce nécessaire qui vous permet d’exercer votre droit, si des gens décident de voter coûte que coûte, cela peut créer des tensions et des violences », poursuit-il.

Des précédents lors des législatives de 2018

Ce n’est pourtant pas la première fois que ces cartes d’identité biométriques posent problème. Lors élections législatives, en juillet dernier, près d’un million de cartes d’électeurs n’ont pas été produites, autant de Sénégalais n’ont pas pu voter. A cela s’ajoutent les 1,6  millions de citoyens qui ne sont pas venus retirer leurs cartes dans les commissions. Au total, près de trois millions de personnes n’ont pas pu voter parce qu’ils n’avaient pas de carte d’identité biométrique. Pour Ababacar Fall, ces multiples dysfonctionnement pèsent sur le scrutin, ce qui devrait concerner les acteurs politiques: « Aujourd’hui, l’ensemble des acteurs doivent en discuter dans le cadre d’une démarche inclusive. C’est une question de volonté politique et de transparence! », s’insurge-t-il.

1 Comment

  1. Des amis qui sont en ce moment au Sénégal parlent de plusieurs morts ou blessés lors de meetings, manifestations et autres depuis le début de la campagne. Qu’en est-il exactement? Merci pour cet article qui rend bien compte de la frustration vecue au quotidien par ces gens pourtant si proches de nous dans la Francite.

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