Foundiougne, au rythme de la pêche à la crevette rose

Une grande partie des habitants de Foundiougne, à 120 km au sud de Dakar, vit de la pêche à la crevette rose. La ville dépend de la quantité de crevettes attrapées. Reportage au retour de la pêche. 

Il est 22h, la salle de mareyage de Foundiougne, petite ville portuaire au sud de Dakar, est encore calme. On attend les pêcheurs. Petit à petit ils commencent à rentrer. La plupart sont partis en mer vers 19h. Ils rentrent dans le bâtiment avec leur caisse de crevettes en bandoulière. Foundiougne, qui se trouve dans une région marécageuse, est la capitale de la crevette rose. Ici une grande partie de la population vie de cette activité. 

Chaque mareyeur a mis à disposition une ou deux pirogues. Dedans, deux hommes s’occupent de pêcher les crevettes à l’aide d’un filet. Ce travail, très physique, consiste à marcher dans l’eau, à deux, en tenant le filet de chaque côté. Les pêcheurs restent donc des heures avec l’eau jusqu’à la poitrine. 

Birama Diouf part pêcher cinq jours par semaine depuis 25 ans. (crédit photo : Nina Gambin)

Dans le bâtiment, construit par l’Union Européenne en 2003 pour garantir une meilleure hygiène, une balance est posée sur le plan de travail en carrelage blanc. A leur retour, les pêcheurs pèsent leur récolte. Birama Diouf fait ce métier depuis 25 ans. Ce soir-là il est déçu, il n’a pêché que 5kg de crevettes: « Ce soir je n’ai gagné que 2.500 CFA (soit environ 4 euros). Ce n’est pas suffisant pour les dépenses quotidiennes mais je n’ai pas d’autre solution. Donc si la pêche n’est pas bonne, j’y retourne le lendemain. »

« Toute ma famille travaille dans la pêche »

En ce moment c’est la saison basse. Les pêcheurs gagnent très peu. Beaucoup d’entre eux exercent le métier de piroguier pour avoir un complément de salaire: il conduisent les embarcations qui permettent de traverser la mangrove.

Les crevettes roses abondent au mois de septembre et octobre. A cette période, des dizaines de camions réfrigérés attendent dans la nuit pour emporter les crustacés jusqu’à Mbour ou Dakar. Les crevettes sont ensuite utilisées pour réaliser des plats traditionnels comme le Yassa crevette mais également pour faire des nems.  

Une fois les crevettes pesées, il faut les trier. Quelques crabes et petits poissons se sont fait prendre dans les mailles des filets. A travers la salle à peine éclairée, les sardines volent dans tous les sens. Au sol, une rigole permet l’évacuation de l’eau et des déchets jusqu’à la mer. L’odeur iodée de la marée et les moustiques côtoient un chaton venu se rassasier.

Le pêcheur trie ses crevettes avec son mareyeur avant de les placer dans des boîtes isothermes (crédit photo : Nina Gambin)

A Foundiougne les femmes vendent les crevettes qu’elles ont fait sécher au soleil. Ici des familles entières vivent de ce petit animal rose. « Toute ma famille travaille dans la pêche. Quand les enfants rentrent de l’école, ils vont à la pêche. C’est ce que je faisais quand j’étais petit, » raconte Elfhadji Senne, pêcheur depuis qu’il a 7 ans. 

Dans cette région, à trois heures et demi de Dakar, beaucoup de sites touristiques ont fermé, alors que les touristes européens se sont fait plus rares. Mame Mademba Fall, chef d’exploitation à Foundiougne était hôtelier. « Je dois assurer la scolarité de mes cinq filles. Donc j’ai du me reconvertir dans la pêche à la crevette, » explique-t-il. 

Il tient le centre de mareyage qui n’a jamais été rénové: « Les recettes dépendent de l’abondance de la pêche et la municipalité en prend 40%. Mais on a beaucoup de charges. » Chaque mois il doit payer 65.000 CFA (environ 100 euros) d’eau et 12.000 CFA (environ 18 euros) d’électricité.

Mareyeurs et pêcheurs sont résignés. La pêche a été mauvaise. Mais aucune autre alternative d’emploi ne s’ouvre à eux. Ils repartiront en mer le lendemain, pour essayer de gagner de quoi entretenir leur famille.

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