Du bio-charbon contre la déforestation sénégalaise

Face à la déforestation du Sénégal, le bio-charbon est une alternative au charbon de bois traditionnel. Dans la région du Sine-Saloum, l’ONG Nebeday oeuvre pour la fabrication locale et la commercialisation du nouveau combustible.

Dans une plaine aride qui jouxte le village de Djilor dans la région du Sine-Saloum, une épaisse fumée s’échappe de fûts. Ici, cinq femmes travaillent depuis le début de matinée. Equipées de masques en papier et de gants, elles s’apprêtent à faire brûler la paille du dernier contenant.

Nicolas Mbengue, le responsable bio-combustible de l’ONG Nebeday qui les supervise, laisse s’envoler une poignée de sable. « Il faut faire très attention au sens du vent avant d’y mettre le feu », rappelle-t-il. La transformation thermique de la matière organique, également appelée pyrolyse, est la première étape de la production du charbon de paille, produit depuis 2012.

C’est en observant les feux de forêt ravager les alentours de Soukouta, un village de la même région, que Jean Goepp, fondateur et directeur de l’ONG sénégalaise Nebeday, trouve une solution pour y mettre un terme. « On sait que la déforestation est due au charbon de bois et aux feux de forêt. Je voulais enlever la paille de la forêt et en faire un combustible », explique Jean Goepp. Au Sénégal, l’équivalent de 300 terrains de football de forêt disparaît chaque jour.

« Si on utilise le charbon de paille, on sauve la forêt »

L’utilisation du charbon est très ancrée dans le quotidien des Sénégalais. Un habitant en consomme en moyenne 58 kilos par an pour la cuisson des aliments, la préparation de l’ataya (le thé à la menthe sénégalais) et pour parfumer les espaces et les vêtements en faisant brûler du thiouraye (de l’encens). Pour palier à ces besoins, plus de 4 millions de mètres cubes de bois sont prélevés chaque année.

« Si on utilise le charbon de paille, on sauve la forêt », résume Maxime Simonneau, étudiant en master de développement international à l’université Laval à Québec et stagiaire à Nebeday. Les atouts de ce savoir-faire peu répandu ? « Moins d’arbres brûlés par les feux, et moins de déforestation. »

L’ONG Nebeday accompagne les habitants dans l’organisation de la petite chaîne de production locale. Son objectif : la gestion participative des ressources naturelles. En tout, 4 ou 5 jours sont nécessaires pour aboutir au produit final. La première étape consiste à faucher ou récolter la paille au sol. Puis c’est la pyrolyse : la paille est placée dans les fûts et brulée durant dix minutes afin d’obtenir de la poussière. « Les femmes travaillent quasiment tous les jours. Sauf les jours de grand vent, durant lesquels tout s’envolerait » , explique Nicolas Mbengue.

Après quatre heures de refroidissement, cette poussière est vendue à Toubakouta (à environ 40 kilomètres de Djilor) par sacs de 16 kilos (1.600 francs CFA, ou 2,4 euros). Dans un hangar au toit de tôles, qui appartient à Nebeday, des femmes du village la mélangent avec de l’eau et de l’argile afin d’obtenir une épaisse pâte noire. Celle-ci est pressée dans une machine et récupérée sous forme de cylindre d’environ 30 centimètres. Dernière étape, le séchage, qui dure quatre à cinq jours en fonction des saisons et du taux d’humidité de l’air.

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La briquette est vendue à l’unité 50 francs CFA (7 centimes d’euros) sur le lieu de production. On trouve également dans certaines stations services des sachets de 1,5 kilo au prix de 500 francs CFA (70 centimes d’euros). En plus d’être écologique et durable, le bio-charbon offre l’avantage d’être économique. Dans le village de Toubakouta, jusqu’à 3 tonnes peuvent être produites par mois. L’essentiel des revenus des ventes revient aux productrices.

Mais ce charbon de paille « spécial Thiouraye » a ses limites. Si sa combustion est suffisante pour la préparation du thé et de l’encens, il reste moins performant que le charbon de bois pour la cuisson des aliments. C’est pourquoi un autre type de bio-charbon, le « Tiger », est produit dans la ville de Kaolack, plus loin dans les terres de la région. Grâce à l’ajout de pâte d’arachide non pyrolisée, il remplace aisément le charbon de bois pour cuisiner.

Nicolas Mbengue espère trouver davantage de revendeurs en vrac au Sénégal, afin d’étendre la commercialisation et l’utilisation du bio-charbon. « Le but n’est pas d’arrêter complètement l’utilisation du charbon de bois, mais de s’en servir de façon raisonnée, pour certains usages », explique-t-il.

Les objectifs 2019 ? Trouver un nouvel ingrédient liant, produire dans deux nouvelles zones et vendre le produit dans la banlieue de Dakar, où d’autres groupements de femmes sont prêts à le fabriquer. « Mais pour l’instant, le packaging et le marketing du charbon sont le plus important », explique le président de l’ONG. Des ambitions réalistes, qui tiennent compte du poids des traditions.

1 Comment

  1. Reportage très intéressant et bien illustré. Nous espérons que cette alternative au charbon de bois sera adoptée par une grande partie de la population sénégalaise. Bravo à l’équipe Nebeday!

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