Dakar, prochaine capitale africaine de l’électro?

Si la musique électro fait danser une partie de la jeunesse occidentale, quid de son impact sur le continent africain? Depuis plus de trois ans, le collectif ElectrAfrique s’invite dans les nuits dakaroises pour initier la jeunesse sénégalaise.

Longtemps hermétique aux tendances musicales occidentales, le continent africain s’essaye désormais à l’électro. À Dakar, ce sont les soirées mensuelles du collectif ElectrAfrique qui mènent la danse depuis plus de trois ans. Son créateur, DJ Cortega est aujourd’hui l’un des producteurs les plus réputés de la scène électro dakaroise.

Après avoir voyagé à travers l’Afrique, Dj Cortega a finalement décidé de poser ses valises dans la capitale sénégalaise. Crédit photo: Bizenga Photography.

Passionné depuis toujours par les sonorités Soul et Hip-Hop, c’est tout naturellement que ce Suisse fraîchement quadragénaire a posé ses valises à Dakar il y a de ça trois ans. « J’ai pas mal bourlingué pendant ma jeunesse, à New-York, à Madagascar ou en Angola ». C’est en 2010, à Nairobi, qu’il décide de créer ElectrAfrique. En collaboration avec une dizaine de producteurs locaux, la capitale kenyane accueille ses premières soirées, « un évènement tourné exclusivement vers la musique africaine mais combiné au mouvement électro », explique-t-il.

Il réalisait ce samedi la 25e édition d’ElectAfrique au centre culturel Douta Seck dans le quartier de la Médina, à Dakar. « C’est un peu notre résidence maintenant », explique-t-il. Le collectif ne bénéficie d’aucune subvention de la ville et arrive sans mal à s’autofinancer. « On essaie de créer quelque chose de sérieux, sur le long terme. Evidemment, l’objectif  principal ça reste d’offrir une bonne soirée aux gens. »

Afin d’attirer de nouvelles têtes ou simplement pour rendre l’électro-afro accessible à tous, ElectrAfrique rend l’entrée de ses événements gratuits avant 23h. « On ne voulait pas que nos soirées se cantonnent à faire danser les élites. L’idée c’est de rendre ce style de musique accessible à tous. Tu peux venir comme tu veux. Le temps d’une soirée, tout le monde est traité à la même enseigne. »

Un phénomène en pleine effervescence

Encore méconnu il y a quelques années, la musique électronique africaine et l’afro house en particulier sont en pleine effervescence. Des producteurs africains comme Black Coffee, Djeff ou encore Boddhi Satva rayonnent à travers le globe et inspirent de plus en plus les Européens. Animé par une volonté de conquérir les dancefloor du monde entier, le genre est devenu une valeur marchande mondiale. Portée par la démocratisation des ordinateurs et l’avènement des réseaux sociaux, la jeunesse africaine a pu trouver une alternative au matériel traditionnel de DJ, souvent coûteux.

Aujourd’hui, beaucoup de jeunes africains se mettent à la musique électronique et expérimentent des styles variés comme la Trap, ou l’Ambient. Cortega, lui, voit la pop nigériane comme le porte-étendard de la révolution musicale panafricaine. « C’est énorme. Ils sont en train de prendre d’assaut la scène internationale. On peut prendre l’exemple de Wizkid, qui est une superstar là-bas. Il a réalisé un featuring avec Drake et a même « snobé » l’invitation de Coachella en 2018 (un festival américain qui accueille chaque année 250.000 personnes, NDLR) – dans quelques années, ça aura explosé. »

70 millions. C’est le nombre de vues de « Come Closer », le titre de Drake et Wizkid, pop star nigériane.

À Dakar, ElectrAfrique souhaite initier les jeunes à la musique électro

Au–delà du succès de ses soirées, le producteur suisse se réjouit également du rayonnement que son collectif apporte à l’électro sur le continent africain. « À nos débuts (à Nairobi NDLR) peu de Kenyans connaissaient la house africaine. Huit ans plus tard, on en entend quotidiennement dans les radios locales. Je pense qu’on est bien parti pour continuer notre rôle d’ambassadeur de l’afro house en Afrique. » Aujourd’hui, il a organisé plusieurs soirées à l’espace culturel Blaise Senghor, sur l’embarcadère de Gorée ou encore dans l’ancienne gare TER de Dakar. « On est présent dans une quinzaine de pays dont la plupart sont africains. Il y a quelques temps, on a lancé notre première soirée au Cap-Vert. Je réfléchis également à organiser quelque chose à Paris », prévoit-il.

Si une partie de la jeunesse sénégalaise n’est plus à convaincre, d’autres n’ont jamais écouté d’électro de leur vie. « Nous sommes dans un pays avec une identité et une culture musicale très forte. Et puis certains Sénégalais pensent encore –à tort- que c’est une musique réservée aux Européens, explique DJ Cortega, mais peu à peu, certains commencent à s’y intéresser et souhaitent même produire. »

Lors des soirées, il n’est pas rare d’apercevoir des Simb, les faux lions sénégalais qui adaptent leur chorégraphie au rythme de l’Afro House – Crédits : G. Bassinet

ElectrAfrique, en partenariat avec Kaani la maison de la culture urbaine (MCU) de Ouakam, a par ailleurs décidé de lancer dans les prochaines semaines un contest de jeunes DJ. Le gagnant pourra faire l’ouverture d’une prochaine soirée ElectrAfrique. « Cela permet de promouvoir les jeunes talents du pays et les projeter sur le devant de la scène », détaille Cortega.

Seul soucis pour les nouveaux venus: l’investissement. Devenir DJ requiert un minimum de matériel qui peut parfois s’avérer coûteux. Dans ces cas-là, le papa d’ElectrAfrique réfléchit à des modes de financements pour faciliter l’achat de matériel: « On est en train de discuter avec des structures comme la MCU ou l’institut Goethe pour financer du matos et organiser des ateliers d’initiation à la musique électronique ». Si l’engouement pour la musique électronique en Afrique est le même que celui que connaît l’Europe depuis 30 ans, les nuits sénégalaises ont encore de beaux jours à venir.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *