Dakar, nouveau spot des amateurs de surf

Le Sénégal, bordé par l’Atlantique, devient une destination prisée des surfeurs. L’essor du sport de glisse dans la capitale attire des touristes et contribue au développement de l’économie locale.

Sur la longue plage de Yoff, au Nord de Dakar, les clients du Malika surfcamp se frayent un chemin entre les footballeurs et les chevaux pour atteindre la mer. Allemands, Néerlandais et Français, tous viennent chercher de nouvelles sensations, alors que la pratique du surf se développe dans la capitale sénégalaise.

Ici, les touristes peuvent trouver des cours et le logement en demi-pension pour une somme de 300 euros par semaine. Le camp est géré par Marta depuis 2009. Cette surfeuse italienne installée à Dakar voit arriver depuis quelques années jusqu’à 500 touristes par an. Et l’implantation de ce club a bénéficié aux activités du coin : «C’est grâce à l’installation du surfcamp que l’électricité est arrivée à Yoff » observe la grande blonde au teint hâlé.

Sur la plage de Yoff, l’arrivée des écoles de surf a dynamisé l’activité économique du quartier. Crédits photo : Caroline Baudry.

« Nous avons la pointe Ouest la plus avancée du continent africain. »

Petit à petit, Dakar s’installe sur la carte des spots mondiaux. La ville accueillera pour la première fois en mars une étape de la coupe du monde de surf, supervisée par l’instance internationale WSL (ndlr World Surf League). L’occasion de faire parler du Sénégal et des ses « spots » au sein de la communauté mondiale de surf. « C’est la première fois que nous allons recevoir une grande partie de l’élite mondiale. Entre le masculin et le féminin, il y aura pas loin de 200 surfeurs internationaux. C’est un challenge énorme. » se réjouit Yan Dagassan, directeur technique de la fédération sénégalaise de surf, très impliqué dans l’organisation de la compétition. Un millier de spectateurs sont attendus.

Le surf professionnel Sénégalais vient à peine de dépasser les 20 ans. En 1998, Oumar Seye est le premier Sénégalais à signer un contrat professionnel en France. « C’était un milieu peu ouvert aux Africains. Les gens pensaient qu’on ne savait pas nager, qu’on avait peur de l’eau » témoigne l’ancien champion, aujourd’hui vice-président de la fédération. Le sport de glisse s’est structuré au Sénégal il y a à peine 10 ans. Aujourd’hui, il compte près de 250 licenciés.

Grâce à ses températures clémentes et sa houle continue, la presqu’île de Dakar est particulièrement propice au développement de l’activité. «Nous avons la pointe Ouest la plus avancée du continent africain. Nous avons deux houles : la houle du Nord et la houle du Sud. En général, on a toujours des vagues » explique Yan Dagassan. Le long des plages de Dakar, cinq écoles ont déjà vu le jour. Et il estime que cinq écoles supplémentaires verront le jour d’ici cinq ans.

Surfeurs et bodyboarders viennent glisser sur le spot de « Secret », aux Almadies, sur la côte Ouest de Dakar. Crédits photo : Caroline Baudry.

Aujourd’hui, Oumar Seye entend développer l’offre via une école de surf et un restaurant rassemblés dans son complexe « Surfer Paradise » face à « Secret », son home spot, une plage qu’il affectionne depuis son enfance. Selon lui « C’est le surfbusiness qui fera exploser le tourisme au Sénégal. »

Yan Dagassan, le directeur technique de la fédération, est du même avis: « Nous avons des lieux d’accueil qui se sont spécialisés dans l’hôtellerie plus ou moins haut de gamme à destination des surfers. Le développement de cette pratique engendre beaucoup d’emplois, de moniteurs, d’encadrants, de vente. Cela offre une réelle ouverture économique, bien qu’elle soit très localisée »

Ce développement attire aussi des étrangers. Jesper, un danois, a choisi en 2009 l’île de Ngor (sur la côte Nord de Dakar, face au village de Ngor) pour s’établir et développer son activité. « C’est la principale chose que j’ai remarqué : soudainement, la culture surf a émergé, en créant énormément d’emplois. Nous sommes passés (à Dakar ndlr) de 10 emplois à 200 ou 300 liés au surf. » Loin du tumulte de la capitale, l’île se situe à quelques minutes de pirogue des plages de Dakar. Le Ngor Surfcamp est abrité sous les arbres, dans une ruelle colorée. Seul le bruit des vagues déferlant sur le récif viennent briser le silence de l’île. Un cadre paradisiaque qui attire tant les touristes que les surfeurs locaux.

« Quand je me suis installé, il y avait très peu de personnes ici. Puis le surf a explosé. En deux ans, nous sommes passés de 30 à 150 surfeurs réguliers sur l’île de Ngor ». Chaque année, plus de 800 étrangers posent leurs valises chez Jesper. C’est le cas d’Emma, également danoise. Elle passe une semaine sur l’île, après avoir entendu parler du surf tourisme à Dakar sur Facebook. « Les gens viennent plutôt par le bouche-à-oreille » observe le patron du surfcamp.

Quand les conditions sont trop difficiles pour les débutants sur l’île de Ngor, Adama emmène ses élèves sur les spots de la côte, située à quelques minutes de pirogue de l’île. Crédits photo : Caroline Baudry.

Glisser au pays de la Terenga

Attirés par cette destination dépaysante, à quelques heures d’avion de l’Europe, 50% des clients de Jesper sont désormais des habitués. « Les gens ici sont très gentils » sourit Emma. Car sur les plans d’eau de Dakar, on ne se bat pas pour les vagues. Le surf est imprégné de l’esprit d’hospitalité Sénégalais. « C’est pour cela que les étrangers viennent aussi. Les vagues sont pour tout le monde, les Sénégalais et les étrangers. Au Sénégal, c’est le pays Terenga. On doit partager nos vies avec les étrangers » témoigne Adama, sénégalais issu du village de Ngor et instructeur de surf au Ngor Surfcamp.

Ce tourisme offre de belles perspectives pour le Sénégal. Selon l’ISA (Internationa surfing association), l’Association du fabricant de l’industrie du surf (SIMA) et Surfing Australia, le nombre de pratiquants du surf dans le monde est estimé entre 17 et 35 millions. Dont 4,5 millions d’Africains, et 13,5 millions de surfeurs américains.

L’une des seules limites à l’essor du surf est la pollution de la ville. « Ce qui me fait peur à l’avenir, c’est que l’air et l’eau ne soient plus suffisamment propres et représentent un vrai problème de salubrité publique à Dakar » s’inquiète Yan Dagassan. Un enjeu majeur pour la santé des touristes, et qui pourraient les détourner des plages du Sénégal.

Les différents spots de surf de la ville de Dakar, au Sénégal.


1 Comment

  1. Encore bravo pour ce documentaire détaillé. Bravo également à l’équipe de la Fédération sénégalaise de surf qui se mobilise pour l’essor de ce sport et la propreté des plages du Sénégal.

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