Comment Macky Sall s’assure le soutien des éleveurs

L’action du président sortant dans les zones rurales est vantée par beaucoup de vendeurs de bétail.

Depuis le lancement de la campagne présidentielle au Sénégal, les mêmes images de meeting tournent en boucle sur les chaînes de télévision du pays: perché à l’arrière d’un pick-up, un des cinq candidats s’enfonce dans une foule de sympathisants en liesse, galvanisés par la voix d’un animateur crachée dans des hauts-parleurs géants.

Ce jeudi 14 février, dans le marché de Pikine, en banlieue de Dakar, c’est cette fois un troupeau de moutons que fend le cortège de Maël Thiam, le cadre local de l’Alliance pour la République (APR), le parti du président sortant Macky Sall.

L’homme est ici en terrain conquis. “Sur ce marché, tous les éleveurs soutiennent Macky et sont adhérents à l’APR”, assure Haroana Sow, un des membres du parti dans la ville. De fait, à dix jours du scrutin, rares sont ceux ici à douter de la réélection du chef de l’État.

Après sept ans au pouvoir, son action en direction du Sénégal rural est vantée par la plupart de ces vendeurs de cheptel. « Macky avait promis beaucoup pour nous en 2012, et il a tenu ses promesses », estime Amadou Diallo, en citant pêle-mêle “la baisse du prix de la nourriture des bêtes” grâce aux subventions, “la construction de forages” pour remédier aux pénuries d’eau, ou encore “l’électrification de beaucoup de villages”.

Un accès difficile à l’eau et l’électricité dans les villages

Dans un pays où plus de la moitié des habitants (53,5%) vit en milieu rural selon l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD), Macky Sall avait fait du développement du monde rural un axe majeur de sa précédente campagne, en 2012. C’est ce qu’il l’avait amené à entreprendre une “longue marche” à travers les zones les plus reculées du Sénégal, “là où l’électricité était inexistante et l’eau une manne aussi convoitée que lointaine, indique-t-il dans sa biographie Le Sénégal au cœur (éditions Le Cherche Midi, 2018).

D’autres mesures très concrètes sont largement plébiscitées par les éleveurs de bœufs et de moutons installés sur le gigantesque marché de Pikine. “Macky Sall a créé une journée nationale de l’élevage et a augmenté la peine d’emprisonnement pour les voleurs d’animaux”, pointe Boubacar Baw, en dispersant du foin dans son petit enclos. Il en est de même pour la suppression des droits de douanes sur le bétail importé du Mali, de la Mauritanie ou du Burkina Faso voisins.

Macky Sall soutenu par l’ethnie peul

Malgré la ferveur entourant le leader de l’APR, tous déplorent la précarité dont souffre leur profession. “On vit très mal de notre métier, et il reste encore beaucoup à faire pour que ce soit le cas”, souligne Moussa Sila. Turban vert émeraude noué autour de la tête, le commerçant appelle l’État à octroyer des prêts aux éleveurs, et confie à mots couverts être encore indécis sur le bulletin qu’il glissera dans l’urne, le 24 février.

À 20 ans, Modou Diaw sait pour sa part qu’il ne votera pas pour Macky Sall mais pour son principal opposant, le libéral Idrissa Seck. Car si ce vendeur de cordes pour attacher les animaux reconnaît que le président sortant “a fait beaucoup de choses pour les éleveurs”, il regrette la tournure “antidémocratique” prise par son mandat selon lui. “Il emprisonne des gens pour des raisons purement politiques”, fustige-t-il, en référence à l’arrestation controversée de l’opposant Khalifa Sall, dont la candidature a été rejetée par le Conseil constitutionnel.

La popularité de Macky Sall sur le marché de Pikine n’est toutefois pas seulement le fruit de ses réalisations en faveur des vendeurs de bétail. Elle illustre aussi le soutien que lui apportent les Peuls, l’ethnie majoritaire chez les éleveurs et à laquelle appartient le chef de l’État, comme environ 20% de la population.

Alors au sein du groupe d’éleveurs d’ethnie sérère isolé à quelques dizaines de mètres du marché, le discours tenu est tout autre. « Avant l’élection, les Peuls du marché sont payés par l’APR pour qu’ils votent pour Macky Sally », croit savoir l’un d’entre eux. Observant au loin l’euphorie des sympathisants du candidat à sa réélection, le vendeur ajoute: « Macky Sall n’a rien fait pour nous les Sérères pendant son mandat, il nous laisse mourir de faim ».

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