A Guédiawaye, se former pour sortir de la précarité

Au nord de Dakar, Guédiawaye est une zone dortoir où la violence et la pauvreté font partie du quotidien. Foyer de vie, l’espace jeunes de Wakhinane-Nimzatt offre différentes formations pour ramener ces jeunes, souvent en échec scolaire, vers l’éducation et l’emploi.

Entre la mairie et la police, se dresse une grande bâtisse blanche. Fraîchement inauguré il y a quatre ans, l’espace jeunes de Wakhinane-Nimzatt abrite plusieurs formations en tout genre. Au rez-de-chaussée, des cours de couture et d’informatique sont dispensés. A l’étage, près de la salle de bibliothèque, cinq jeunes en blouse bleu marine suivent un cours d’électronique. « Notre mission commence où celle de l’école s’arrête« , affirme Ndèye Awa Diouf la directrice de l’établissement.

Dans cette région peu urbanisée et souvent qualifié de « zone dortoir », Il existe peu d’alternatives pour ceux qui sortent du système scolaire. « A Guédiawaye, les jeunes sont confrontés à la pauvreté et à la violence. Beaucoup errent dans les rues« , explique la directrice, qui travaille là depuis dix ans.

Achille anime le cours d’informatique, un outil essentiel pour limiter la fracture numérique qui existe entre Dakar et sa banlieue. Crédit photo : Guillemette de Préval

Malgré de « faibles moyens reçus de la part de l’Etat« , cette directrice s’appuie sur trois cadres et surtout sur 25 « pairs-éducateurs » (ainsi nommés car ils ont le même âge que les jeunes). Ceux-là ont entre 22 et 28 ans. Ils sont souvent eux-mêmes passés par le centre, étant adolescents. Surnommés les « tontons » et les « tatas », ils encadrent les formations.

Achille, référent informatique, est l’un d’entre eux. « Un exemple de réussite par excellence« , s’enthousiasme la directrice. Après avoir été « cartouché » (viré) de l’université au bout de deux ans, Achille a été dirigé vers le centre de Guédiawaye. Peu confiant et ne sachant où aller, la directrice l’a convaincu de se former en informatique. « Une révélation« , selon elle. Moins de trois ans plus tard, il remplace le professeur d’informatique qui l’avait formé.

Formés à l’entrepreneuriat
Mais cet exemple de réussite ne représente pas la tendance générale. « Nos jeunes ont beaucoup de difficulté à s’insérer dans le monde du travail. On a dû changer de cap pour tourner notre formation vers l’entrepreneuriat« , expose la directrice. D’où les cours de couture, d’électronique et de menuiserie, « travaux dans lesquels les jeunes peuvent se lancer seuls s’ils sont bien formés« , poursuit cette dernière. Les cours de couture attirent surtout les filles. « Mais c’est ouvert à tous« , précise la directrice. « Et on a aussi lancé un incubateur. Près de 200 jeunes s’y forment chaque année.« 

Autre problème sur lequel s’attarde le centre : l’éducation sanitaire et sexuelle des jeunes. « Dans ce centre, les jeunes ont à disposition une sage femme, un technicien de laboratoire et une assistante sociale. Il y a un vrai travail de sensibilisation.« , détaille Ndèye Awa, qui a en tête plusieurs exemples de jeunes ne se protégeant pas lors de rapports sexuels. « On fait régulièrement des dépistages du Sida, même hors du centre« , explique le cadre de santé responsable.

Des sourires et des enfants
Alors face aux difficultés quotidiennes de Guédiawaye, les « tontons » et « tatas » se mobilisent et initient des projets, à destination des plus jeunes. Un des projets, c’est le Club sourire enfant, qui a vu le jour début 2018. « Chaque mercredi après-midi, on accueille des enfants pour leur faire faire des activités manuelles ou sportives. Une sorte de gros centre de loisirs. Parfois ils sont plus de 300 !« , explique Achille, surnommé « l’ambassadeur des enfants« .

Chaque mercredi après-midi, plus de 300 enfants viennent au club sourire.
Crédit photo : Achille.


Achille, Tony, Alioune, Henry-Lys et bien d’autres n’hésitent pas à donner de leur temps et de leur argent : ils montent des camps d’été et essaient de faire connaître leurs activités auprès des écoles. « Dans quelques jours, nous nous rendons dans plusieurs écoles du quartier pour installer des drapeaux du Sénégal et faire une montée des couleurs, expose Tony. Et à terme, on aimerait faire des petites cellules du club sourire dans les écoles. » Au centre de jeunes de Guediawaye, les projets n’en finissent pas de fleurir.

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