A Dakar, la florissante économie du visa

Le nouveau centre de dépôt des demandes de visas pour la France et 6 autres pays de l’espace Schengen, inauguré à Dakar en octobre 2018, attire une flopée d’opportunistes. C’est toute une économie parallèle qui s’est développée autour du bâtiment de la société privée VFS Global.

Lunettes de soleil sur le nez et chiffon mouillé à la main, Issa Balde frotte le pare-choc d’un 4×4 noir en cette fin de matinée. Chaque jour, il nettoie entre 40 et 50 voitures, «1.000 francs pour l’intérieur, 1.000 pour l’extérieur (un euro équivaut à 656 francs CFA, NDLR)», se félicite-t-il. Ce Dakarois a choisi un endroit stratégique pour faire fleurir son business. 

C’est ici, le long de l’Avenue Cheikh Anta Diop, qui mène à l’impressionnant Monument de la renaissance africaine, qu’affluent chaque jour des centaines de personnes venues déposer leur demande de visas pour se rendre au sein de l’Union européenne. Depuis octobre dernier, il faut aller ici, dans le quartier de Ouakam, pour trouver les nouveaux locaux de la société privée VFS Global. Cette dernière s’occupe de recueillir les dossiers pour les autorités françaises, italiennes ou encore belges, avant de renvoyer les données vers les consulats concernés. La Chine a également installé son centre de visas dans l’immense immeuble Atryum.

Le centre de dépôt des demandes de visas est ouvert dès 8h30 du lundi au vendredi. Crédit photo : Lucas Martin-Brodzicki.

Une économie parallèle florissante

Issa Balde n’est pas le seul à avoir flairé le bon coup. L’ouverture du centre a rameuté une flopée d’opportunistes, prêts à tirer profit de cette nouvelle concentration. Un petit creux ? Le stand qui propose des donuts et des sandwichs se fera une joie d’y remédier. Impossible de savoir combien gagnent les tenanciers, mais ils avouent ne pas s’éterniser une fois le centre fermé. Juste à côté, Nassim* propose de délicieux cafés à 25 francs, (soit quatre centimes d’euro), pendant que son collègue tente maladroitement d’écouler ses pochettes à documents.

En sortant du centre de dépôt, il suffit de faire quelques mètres pour trouver à boire, à manger ou bien un taxi. Crédit photo : Lucas Martin-Brodzicki.

Mais l’activité la plus rentable est celle des courtiers qui viennent en aide aux demandeurs de visas un peu perdus. Ils repèrent très facilement les âmes hésitantes ou celles, frustrées, qui n’ont pas pu passer le contrôle de sécurité. Car il suffit d’avoir oublié un papier pour se voir refuser l’entrée dans les locaux de VFS Global, ce qui a le don d’énerver les plus pressés. De nombreux écriteaux sur les murs précisent pourtant qu’il faut, dans le cas français, avoir préalablement saisi une demande en ligne sur France-Visas. La prise de rendez-vous est également obligatoire. Mais les têtes en l’air sont légion et la maîtrise de l’outil numérique parfois très aléatoire.

Assis à l’ombre avec deux amis, Souche* peut s’occuper de faire la demande en ligne avec son téléphone, moyennant 5.000 francs. «Il me faut une vingtaine de minutes, je connaît la procédure par coeur», fanfaronne-t-il en faisant défiler tous les dossiers déposés via son smartphone. «Beaucoup de gens ne sont pas au courant du processus, car le centre est récent. Et puis ce n’est pas évident de créer un compte si on n’est pas un habitué des applications.» L’étudiant en comptabilité et finance a trouvé là le boulot parfait pour financer son école de commerce privée. «J’ai des cours le week-end, alors je viens ici en semaine. Et puis j’acquiers des connaissances aussi avec ce travail», lance-t-il plein de malice. 

Un modèle gagnant-gagnant

Les courtiers ne se cachent même pas. Si Souche bosse «en indépendant», d’autres ont installé un véritable kiosque multitâches. Ce jeudi midi, ils sont cinq derrière leurs ordinateurs. Remplissage de formulaires pour 3.000 francs, impressions couleur ou noir et blanc, mais aussi vente de billets d’avion ou encore d’assurances voyage. Un business qui ne semble pas déranger les agents de sécurité de VFS Global. Certains sont même bien contents de pouvoir s’acheter un sandwich ou un café sans avoir à se déplacer.

Le kiosque multitâches permet de remplir et d’imprimer le dossier requis pour les demandes de visas, mais propose également d’autres services. Crédit photo : Lucas Martin-Brodzicki.

*Les prénoms ont été modifiés à la demande des personnes interrogées.

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