Chérif Ndiaye, l’entrepreneur qui modernise l’éducation

Passionné de numérique, Chérif Ndiaye a créé en 2013 une plateforme de cours en ligne 100% vidéo. Son site Écoles au Sénégal compte aujourd’hui près de 40.000 connexions par jour. Rencontre.

Ordinateur portable sous le bras, smartphone dans la main… Pas de doute, Chérif Ndiaye a tout d’un homme d’affaires dynamique. Mais ce Dakarois de 40 ans a une particularité, celle de s’être spécialisé dans l’entrepreneuriat social.

Son site Écoles au Sénégal propose des centaines de vidéos de cours de chimie, mathématiques, d’histoire et même de wolof disponibles gratuitement. « Un jour, un utilisateur m’a raconté que son père lui avait demandé combien il payait pour regarder toutes ces vidéos en ligne, raconte-t-il. Lorsqu’il lui a répondu ‘zéro franc’, son père n’en revenait pas! Il m’a même envoyé 50.000 francs CFA (environ 76 euros, NDLR) dans une enveloppe pour me remercier. C’est à ce moment-là que je me suis dit que je ne pourrais jamais abandonner ce projet« .

Pourtant, Chérif ne s’est pas tout de suite destiné à l’entrepreneuriat social. Sorti de l’ISM en 2003, la première école de commerce d’Afrique de l’Ouest, il s’est d’abord orienté vers le conseil, puis la communication. « Quand j’étais en école, on nous faisait souvent venir des gens qui avaient réussi, mais ceux qui me marquaient vraiment, c’était les gens à leur compte. Ce sont eux qui m’ont donné envie d’entreprendre« , poursuit-il.

L’entrepreneuriat est devenu pour Chérif une réelle passion, pour laquelle il a été récompensé à plusieurs reprises. En 2013, il remporte notamment le prix du meilleur entrepreneur social d’Afrique de la Fondation France Télécom. Il injecte alors 50.000 euros dans du nouveau matériel et recrute de nouveaux professeurs. « Grâce à cet argent, j’ai pu couvrir tous le programme de mathématiques de terminale« . Grâce aux prix qui lui sont décernés, Chérif parvient à se verser un salaire. Il possède une autre société, créée il y a dix ans : un centre d’appels, baptisé Sign Up.

Une passion pour l’éducation

Son projet d’Écoles au Sénégal commence à mûrir en 2012, une année électorale pour le pays. « Il y a énormément de grèves en période d’élection. Sur neuf mois, les élèves finissent par n’avoir que quatre ou cinq mois de cours« , déplore-t-il. Au Sénégal, l’éducation représente 40% du budget de l’Etat, une aberration pour Chérif puisque seulement trois élèves sur dix ont le bac. « Pour moi, c’était inacceptable, soupire-t-il. Étant passionné de numérique, j’ai réfléchi à une idée : proposer du contenu accessible à tous sur internet« .

Avec trois développeurs, Chérif crée Écoles au Sénégal en janvier 2013. Les cours qu’il récupère de l’Education nationale sont en pdf, une version lointaine de la plateforme actuelle. « On s’est vite aperçu que 83% des gens qui se connectaient ne dépassaient pas la première page car le contenu ne les intéressait pas« , explique-t-il. En 2014, il opte alors pour une plateforme 100% vidéo. Un investissement important.

Le jeune patron investit alors ses deniers personnels et décide d’aller chercher des professeurs dans les lycées du pays. « On leur a proposé un salaire parfois quatre fois supérieur à ce qu’ils gagnent en temps normal« , affirme-t-il. Il dit payer les professeurs entre 20.000 et 25.000 francs CFA de l’heure, soit entre 30 et 38 euros.

Sur son site Écoles au Sénégal, Chérif Ndiaye propose des centaines de cours en vidéo, de la 3ème à la terminale. (Capture d’écran https://www.ecolesausenegal.com/)

Une démocratisation du savoir à travers l’Afrique

Pour Chérif, le numérique est indispensable à la démocratisation du savoir au Sénégal et, plus largement, sur le continent. « En Afrique, on ne produit déjà pas beaucoup de contenu, et il y en a très peu sur la citoyenneté ou l’éducation. Pour moi, c’est avec ça qu’on construit des citoyens modèles« , affirme-t-il.

Écoles au Sénégal attire aujourd’hui des internautes du monde entier. Parmi ses projets, dupliquer le modèle en Guinée. « Nous sommes en train de mettre en place un partenariat public/privé sur le modèle d’Écoles au Sénégal mais ça va s’appeler Écoles en Guinée« , précise-t-il. L’entrepreneur ne compte pas s’arrêter là, son objectif est bien plus ambitieux. « D’ici 2022, le label EAS (Écoles au Sénégal) va devenir ‘Écoles africaines des savoirs’. On va essayer de s’implanter dans plusieurs pays d’Afrique en y intégrant les langues locales« .

Avant de partir à la conquête du continent, Chérif s’est donné pour mission de parcourir son pays, le Sénégal, avant les épreuves du baccalauréat 2019. Avec ses « journées des révisions », il s’installe dans plusieurs régions du pays le temps de quelques jours pour réviser les examens. « L’idée c’est de sortir de Dakar, de ma zone de confort et de mobiliser les meilleurs professeurs des régions ».

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