La difficile gestion des déchets à Dakar

Malgré les efforts de la Ville de Dakar, les déchets restent très présents dans les rues de la capitale sénégalaise. La gestion des déchets est un défi de taille à relever pour moderniser la commune.

Sacs plastique, gobelets à café, cartons, bouteilles… Difficile de faire un pas dans la capitale sénégalaise sans passer à côté des nombreux déchets qui jonchent le sol. Pourtant, « à Dakar les services de ramassage des poubelles fonctionnent en continue, même durant toute la nuit« , assure, de son bureau, Lamine Kebe, coordonnateur de l’Unité de coordination de la gestion des déchets solides (UCG) à Dakar.

Malgré cela, « il y a encore d’énormes efforts à faire« , reconnaît l’homme qui travaille dans cette entreprise publique depuis 2013. « La gestion des déchets est une compétence transférée, c’est à dire à la charge des collectivités, précise encore Lamine Kebe, et c’est un problème car elles n’ont pas assez de moyens pour s’en occuper. »

Poubelles, camions de collecte de déchets, techniciens de surface: tout cela a un coût. « Rien qu’à Dakar, 1533 techniciens sont en service« , détaille le coordonnateur. Chaque jour, il vérifie que ces derniers ont bien signé la feuille de pointage, assurant qu’ils ont bien fait leur service. « On a des techniciens réguliers ou journaliers, précise-t-il, un technicien sous contrat touche 90.000 à 100.000 francs CFA nets par mois, soit 150 euros. Un journalier peut se faire 2500 à 3000 francs CFA« . Soit un peu moins de cinq euros, quand le salaire moyen au Sénégal oscille entre 50.000 et 60.000 francs CFA par mois.

Les techniciens de surface suivent un circuit déterminé pour ramasser les ordures. Ici, en plein service du matin. (Crédit photo : Guillemette de Préval)

Impliquer les charretiers

Pour améliorer le ramassage, des stratégies sont mises en place pour nettoyer au mieux certaines zones de gros flux. « Au marché Petersen par exemple, le trafic est très dense. Impossible de nettoyer la journée alors on y va la nuit« , explique le coordonnateur.

Toujours dans ce souci d’être plus efficace, l’UCG tente de faire entrer dans le circuit de nettoyage les charretiers: « Certaines rues sont trop étroites pour le passage des camions. Avec leurs charrettes poussées par des chevaux, c’est plus facile« , explique Lamine Kebe. « Mais ce secteur est informel« , prévient Hamadou Diagne, administrateur à l’UCG depuis bientôt deux ans. « On essaie de les approcher mais c’est très compliqué. La plupart sont tellement hors de tout cadre social… et souvent ivres ou drogués« , déplore Lamine Kebe.

Changer les comportements

Mais la mauvaise gestion des déchets de la capitale ne se résume pas un problème de moyen ou de personnels. « Le vrai gros problème: c’est le comportement des gens. C’est une question d’éducation« , s’accordent à dire Lamine Kebe et Hamadou Diagne. « Souvent, quand on installe des nouvelles poubelles, elles sont très rapidement volées« , se désole Hamadou Diagne, responsable, entre autre, du mobilier urbain. Les dépôts d’ordures sont chose commune: le long des murs, des plages, dans des fossés…. Et ces tas finissent souvent par être brûlés.

Les déchets finissent souvent par être brûlés, en pleine rue.
(Crédit photo : Guillemette de Préval)

Objectif: sensibiliser les populations

Seule perspective durable: la sensibilisation environnementale. Une autre mission que se donne l’UCG. « Certaines équipes font du porte à porte, dans des quartiers, pour expliquer l’importance de jeter ses déchets dans les poubelles, mais c’est très fastidieux« , reconnaît Fatime Mbacké, stagiaire depuis un mois à l’UCG. « Les enfants doivent être sensibilisés à ces questions dès le plus jeune âge« , insiste Lamine Kebe, qui est passé par l’Unicef avant d’intégrer son poste à l’UCG. « Il y a une vingtaine d’années, Dakar n’était pas aussi sale. Les emballages plastiques ont envahis l’espace. L’exemple le plus révélateur, c’est la baie de Hahn, autrefois baie la plus propre de Dakar« , raconte Fatime Mbacké.

Parfois, l’entreprise organise des actions renforcées de nettoyage, à certains endroits stratégiques, « surtout à l’approche de l’élection présidentielle où la ville devient une vitrine, souligne Lamine Kebe, ce serait déplorable de montrer au monde que Dakar est une ville sale.« 

Mbeusbeuss, une décharge à ciel ouvert

Autre obstacle de taille, « les poubelles sont aussi une source d’enrichissement pour beaucoup de personnes, poursuit Hamadou Diagne, les gens fouillent dans les ordures en quête de matériaux à revendre, comme de la ferraille et parfois, ils dénichent quelques matériaux précieux. Pour eux, ça vaut de l’or. C’est compliqué de faire changer les habitudes.« 

L’immense déchetterie de Mbeusbeuss, en périphérie de Dakar, en est la preuve vivante. C’est ici que tous les déchets sont déchargés, par les concessionnaires. Ces derniers, qui sont des prestataires de l’UCG (18 au total) prennent le relais des camions de poubelle. Ils sont chargés de faire le relais entre la ville et la décharge.

Seul endroit de dépôt de déchets de la capitale, cet espace de 114 hectares est « une poubelle à ciel ouvert« , indique Lamine Kebe, également coordonnateur de cette décharge. « Certains y sont nés et passent leur journée à récolter des déchets pour les revendre alors que le risque d’explosion dû au mélange de gaz toxiques est immense« , avertit Hamadou Diagne, qui s’est déjà rendu sur place plusieurs fois. Un projet de fermeture de cette décharge a été, un temps, mis sur la table mais rien de concret n’a encore été avancé.

Face à ce gouffre, les administrateurs de l’UCG se sentent souvent désemparés. « Clairement, la priorité d’aujourd’hui, c’est de multiplier des infrastructures de gestion et la valorisation des déchets« , résume Lamine Kebe. « C’est la seule façon de s’en sortir. »

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