Jeunesse sénégalaise : objectif J.O.

C’est une première en Afrique. En 2022, le Sénégal reçoit les Jeux olympiques de la jeunesse. Si l’échéance est encore loin, les clubs sportifs profitent de chaque compétition pour, déjà, détecter leurs pépites.

Sur la pointe des pieds. Très élégamment, cinq petites filles d’une dizaine d’années entrent sur ce tapis aussi large que le bâtiment qui reçoit les spectateurs. Ce mercredi 13 février, une compétition de gymnastique est organisée au siège de la Fédération sénégalaise de gymnastique (FSG), à Dakar, avec pour objectif, une qualification au Championnat régional de la ville.

Tour à tour, les gymnastes passent devant les juges, qui essayent de détecter la moindre erreur. Crédit photo : Noémie Gobron

Dans ce club, l’un des 54 que recense le pays, on entraîne des gymnastes de 3 à 23 ans. Et souvent de futurs champions. Filles et garçons. Enfants et adultes. En cette après-midi, tous les niveaux se produisent face à la tablée de juges. Cette fois, seuls des exercices au sol sont évalués.

A l’entrée du bâtiment, dans le bureau de Léandre Forbis, secrétaire général, une coupe de couleur or trône sur la table en bois. Le club est habitué aux compétitions. Régionales, nationales, et bientôt internationales. Car face aux candidatures de trois autres pays africains (Botswana, Nigéria et Tunisie), c’est le Sénégal qui a été choisi par le Comité international olympique (CIO) pour organiser les Jeux olympiques de la jeunesse (JOJ), en 2022. Situation inédite pour le pays et pour le continent. Cette compétition, créée par le CIO en 2007, est organisée tous les quatre ans et est réservée aux athlètes de 15 à 18 ans.

« C’est un gros pari, mais ça ne se refuse pas »

« Quand j’ai su que le Sénégal avait été retenu, cela m’a fait très plaisir, affirme le secrétaire général. Mais j’ai aussi été étonné et je me suis interrogé sur la capacité de notre pays à organiser de tels Jeux, en terme d’infrastructures. » Car cette compétition, bien que cantonnée à la jeunesse, attire du monde. Il faut donc des capacités d’accueil adéquates. L’année dernière, le président sénégalais Macky Sall déclarait : « Avant 2022, nous construirons un stade olympique de 50.000 places, en plus de la réfection du stade Léopold Sédar Senghor d’une capacité de 60.000 places. »

Léandre Forbis, secrétaire général de la Fédération sénégalaise de gymnastique.
Crédit photo : Noémie Gobron

C’est un projet d’envergure pour ce pays qui, avec une population très jeune, compte sur les JOJ pour dynamiser sa politique en faveur des sports et de la jeunesse. À tel point que d’importants investissements ont déjà été réalisés dans le cadre du « Plan Sénégal émergent », qui définit la vision du président Sall d’ici 2035.

« C’est un gros pari, mais c’est quelque chose qui ne se refuse pas ! Le problème, c’est que ni le ministère des Sports ni le CIO ne nous ont appelés pour nous dire ce qui nous attend« , regrette Léandre Forbis. D’autant plus qu’actuellement, le pays est plutôt préoccupé par l’élection présidentielle, dont le premier tour se tient le 24 février prochain.

Si l’on sait déjà que les épreuves seront réparties sur trois villes que sont Dakar, Diamniadio et Saly, rien n’est encore sûr quant à la réelle organisation des JOJ. Des dates. Des épreuves. Du nombre d’athlètes qualifiés.

Visibilité mondiale

Mais ce qui inquiète le plus la Fédération, ce sont les moyens mis à disposition pour entrainer ses gymnastes et plus largement, pour mettre en oeuvre les qualifications. « Pas de matériel, pas de compétition, regrette le secrétaire général, marcel blanc sur les épaules. C’est un pari que nous devons relever à trois : la Fédération sénégalaise de gymnastique, l’Etat et le Comité olympique.« 

Rien que pour l’organisation des JOJ, le ministère des Sports a vu son budget augmenté de 1,3 milliard de francs CFA, soit près de deux millions d’euros. Au delà des enjeux financiers que cet événement représente, il offre également au pays hôte une visibilité mondiale. « Grâce à cette carte de visite, nous pourrons plus facilement soumettre nos candidatures à d’autres compétitions, se réjouit le sexagénaire. Et enfin, grâce à ça, je pourrais vivre les JO ! J’attends ça depuis longtemps, avec mon vieil âge !« 

Graines de champion

Sur le tapis, les figures s’enchaînent. Quelques effluves de baume mentholé. Des applaudissement et des coups de sifflet. L’un des juges agite un drapeau blanc pour signaler au candidat suivant de se mettre en place. C’est au tour d’Aminatou Niasse, une jeune Sénégalaise de 13 ans. En justaucorps griffonné de multiples couleurs, l’adolescente enchaîne parfaitement les mouvements. Avec précision. « C’est l’une des meilleures, sourit Albertine Gonçalvès, vice-présidente du Comité olympique et sportif sénégalais et présidente de la FSG. C’est sur cette jeunesse que nous misons pour les JOJ. »

Déjà plusieurs fois titrée, Aminatou Niasse a la gagne dans le corps. Ses encadrants croient en ses capacités de haut niveau pour atteindre les JOJ. Crédit photo : Noémie Gobron

En 2022, Aminatou Niasse aura l’âge de participer à cette compétition de renom. Et si l’occasion se présente, cette gymnaste autodidacte qui se rêve coach sportif la saisira. « J’adore l’adrénaline et la compétition. Mes parents disent que je suis unique car dans la famille, il n’y a que moi qui fais de la gymnastique« , sourit-elle, avec ces quelques gouttelettes de sueur qui perlent sur son nez.

« Elle est forte sur tous les agrès. Elle est très assidue, s’entraîne beaucoup et aime ça. Elle est déjà championne scolaire, régionale et nationale. Nous allons l’aider à aller plus loin« , affirme, avec certitude, la présidente.

Mais avant de porter les couleurs de son pays, l’adolescente devra d’abord se qualifier lors des Championnats d’Afrique junior de 2020, également organisés à Dakar. C’est une phase obligatoire pour accéder aux JOJ. Mais Albertine Gonçalvès y croit et voit déjà son athlète parcourir le monde et les compétitions internationales. Sourire aux lèvres, elle lui demande : « tu as ton passeport ? »

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