Cars rapides: bientôt le terminus?

Élément incontournable du parc automobile sénégalais, le car rapide est un emblème national. Surnommés les « cercueils ambulants », ces véhicules à la carrosserie extravagante sont considérés depuis longtemps comme vétustes. S’ils sont en fin de vie, ils continuent de sillonner les artères de la capitale.

« Dakar! Dakar! Dakar, crie un premier rabatteur, Pikine! Pikine… », s’égosille un second quelques mètres plus loin. À la sortie des universités du quartier de Fann, l’objectif est simple pour les conducteurs de cars rapides: accueillir un maximum de clients. Si bien que certains se retrouvent souvent contraints de s’accrocher à l’arrière du véhicule et effectuer leur trajet au grand air.

Véritable institution et symbole de la capitale sénégalaise, le car rapide est le moyen de transport le plus emprunté à Dakar. Il est aussi le moins couteux. Comptez entre 50 et 150 francs CFA pour une course, soit entre 8 et 23 centimes d’euro. Pourtant, 2019 pourrait bien être le terminus pour ces bolides à l’épreuve du temps.

Dans un effort de modernisation, le gouvernement prévoit un vaste programme de renouvellement de la flotte des transports en commun dakarois. Autre objectif: professionnaliser ses acteurs. Les « rapides » sont jugés trop polluants et insalubres. C’est pourquoi les autorités du pays comptent progressivement les détruire et vendre à leurs propriétaires de nouveaux bus indiens, les « Tata ». Certains parcourent déjà les rues de la capitale.

L’enjeu de cette loi consiste également à remettre de l’ordre dans le réseau de transport de la ville. Jusqu’à peu, il n’existait pas de lignes de transports officielles à Dakar. Ce sont les cars rapides qui décidaient de l’itinéraire qui leur convenaient le mieux.

Longtemps klaxonnés, jamais égalés, les cars rapides ne sont pas prêts de disparaître

Ce projet d’envoyer à la casse ceux qu’on a rebaptisé les « s’en fout la mort » a été évoqué pour la première fois en 1994. Vingt-cinq ans plus tard, les cars rapides sont toujours là. « Ça n’arrivera pas, assure Aminata alors qu’elle attend son bus, cela fait des années qu’on nous annonce leur disparition, et finalement, il sont toujours là.  » L’arlésienne colorée et vrombissante.

Aux dernières nouvelles, 2018 était retenue comme date butoir pour sonner le retrait définitif des cars rapides de la circulation, sans succès. L’Etat a depuis proposé à leurs propriétaires de troquer leurs véhicules contre une somme d’argent avec laquelle ils pourraient acquérir un bus Tata flambant neuf. Proposition qui peine encore à séduire. Un « Conseil Exécutif des Transports Urbains de Dakar » a même vu le jour en 1997 pour piloter le programme de renouvellement du parc. Limitée à Dakar dans un premier temps, la mission devrait progressivement être étendue aux capitales régionales du pays. Mais l’attachement à ces cars traditionnels est fort.

Fatou est étudiante en lettres et elle emprunte ces véhicules tous les jours: « C’est tout un symbole qui disparaîtrait avec eux. Nous, Sénégalais, y sommes très attachés », explique-t-elle en prenant place sur une des banquettes d’un rapide.

L’usure de certains bolides rend la course dangereuse, parfois mortelle – Crédit photo : Nicolas Quenard.

« Si notre système s’effondre, c’est beaucoup de Sénégalais qui vont en pâtir »

Conducteur depuis peu, Abou Thiam, 20 ans, s’est associé à son ami Babacar Seck du même âge. Lui, occupe la fonction d’apprenti: « Pendant longtemps, les Ndiaga Ndiaye (autre sorte d’autobus, NDLR) et les cars rapides se sont partagés les rues de Dakar. Puis il y a eu l’arrivée des Dakar Dem Dikk (DDD), les bus qui appartiennent à l’Etat et les Tata. Mais finalement, les gens préfèrent nos véhicules car ils sont plus puissants. C’est bon pour les affaires. »

« Evidemment, cela ne nous arrange pas, affirme le jeune Dakarois, si notre système s’effondre, c’est beaucoup de Sénégalais qui vont en pâtir. Un car rapide, c’est un chauffeur, un apprenti et parfois un rabatteur. Si les rapides disparaissent, c’est deux d’entre nous qui se retrouvent au chômage. »

Le fonctionnement de ces bolides collectifs est simple. Une fois embarqué, l’apprenti, (celui qui fait office de contrôleur des billets) tape sur la porte arrière du fourgon, signe au chauffeur qu’il peut y aller. Le bolide démarre dans un vrombissement sourd, laissant derrière lui un morceau de feu arrière sur l’asphalte. Mais ce n’est pas grave: ici, le clignotant est une option.

Les bus asiatiques « Tata », plus modernes. Souvent utilisés par l’AFTU, 1er réseau de transport en commun dakarois – Crédits : N.Q

L’Etat met en place des aides pour faciliter la transition

Dans le business, les cars rapides peuvent espérer gagner jusqu’à 50.000 francs CFA (soit 75 euros) par jour. Ils se doivent de verser une somme journalière (15.000 francs CFA) au propriétaire du véhicule qu’ils louent et de régler les frais de carburants (20.000 francs CFA). L’argent restant est partagé entre le chauffeur et l’apprenti. Si le véhicule fait appel à un rabatteur, il faudra compter une tête en plus.

« Un bon car rapide coûte environ sept millions de francs (environ 10.700 euros). C’est plus cher qu’un Tata qui en coûte six. C’est vrai que ça pourrait être intéressant mais malgré tout, nous restons attachés à nos rapides. Ils ont plus de classe », conclut Babacar Seck avant de descendre du véhicule et attirer de nouveaux clients.

« Moi j’ai mon permis de conduire, même si demain les cars rapides s’arrêtent, j’aurais toujours du travail, poursuit Abou Thiam, comme chauffeur de taxi par exemple. Mais c’est surtout pour les plus jeunes que cela va être dur. Beaucoup d’entre eux ne pourront plus travailler, et ils n’ont pas les moyens de retourner à l’école. »

Crédit photo: Nicolas Quenard.

1 Comment

  1. En France nous avons bien les « Bus Macron », une « révolution » à dupliquer à Dakar?
    Bolloré devrait y recycler ces voitures, lui qui fait des affaires en Afrique…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *