A Guédiawaye, des habitants contre la destruction des filaos

A Guédiawaye, ville côtière en banlieue de Dakar, dirigée par le frère du président Macky Sall, des habitants se battent pour préserver les filaos, arbres qui contiennent l’érosion côtière. Ils craignent qu’ils soient détruits au profit de projets immobiliers.

A Guédiawaye, en banlieue de Dakar, une grande partie des filaos, arbres plantés pour contenir l’érosion côtière, a disparu. (Crédit photo : Joséphine Gruwé-Court)

« Les populations ne jouent pas leur rôle. Elle ne protestent pas et elles se disent que c’est trop tard seulement une fois que des bâtiments sont construits ». Michel Mendy, enseignant, vit à Guédiawaye, cette ville côtière en banlieue de Dakar, et milite pour préserver la forêt classée de filaos. Comme d’autres habitants de la ville, il craint que ces derniers disparaissent pour laisser place à des projets immobiliers. Ces arbres implantés sur la côte de Guédiawaye à Saint-Louis, sur 180 km, permettent de contenir l’érosion côtière et constituent un rempart contre la houle. Michel Mendy redoute ainsi les conséquences sur la population locale et sur l’environnement.

Cet enseignant d’une quarantaine d’années nous emmène sur cette bande de 300 mètres de large qui sépare l’océan des logements de cette ville de 400.000 habitants. « Il faudrait faire une photo avant/après. C’était une forêt si touffue, très dense, qu’on mettait longtemps à traverser. Maintenant à Guédiawaye, je pense que deux tiers des arbres ont disparu », déplore-t-il. Il point du doigt un chantier. Une bétonneuse et des blocs de bétons se sont installés, à côté de gravats amenés ici pour que la future construction soit stable. Un bâtiment va être érigé dans cette zone classée.

« Ils disent que c’est le seul espace de la ville capable d’accueillir des infrastructures. La ville est très densément peuplée mais on peut aussi construire en hauteur », assure Michel Mendy. L’enseignant continue: « Ils ont dit que le bois était une source d’insécurité et que les agresseurs venaient ici pour justifier la destruction des arbres ». Mais pour ce défenseur de l’environnement, le maire de Guédiawaye, Aliou Sall, frère du président Macky Sall, a surtout détruit ces conifères pour attribuer des parcelles à des tiers, qui posséderaient des permis d’exploitation, sans avoir pris de décret de déclassement. Cet homme de 49 ans, parachuté dans la ville de Guédiawaye en 2014, avait reconnu à l’époque qu’« être le frère du président Macky Sall lui a donné un marketing politique gratuit ». Ancien élève de l’ENA, en France, il a aussi un long parcours d’homme d’affaires.

La ville de Guédiawaye a démarré des travaux sur une zone 4 hectares pour construire des habitations pour des magistrats. Mamadou Diawaran, secrétaire général de la ville de Guédiawaye, détaille : « Une seule partie de la bande a été déclassée, il s’agit d’une parcelle de 4 hectares qui servira à loger les magistrats. Il y a beaucoup de rumeurs et de spéculation mais nous sommes toujours dans une logique de reboisement ». Djibril Niang, une vingtaine d’années, directeur des Jeunes Volontaires pour l’Environnement, et Michel Mendy sont critiques. Pour ce dernier, « la ville pourrait racheter des maisons de particuliers dans la ville au lieu d’empiéter sur la bande ».

Menace environnementale

Les deux hommes marchent dans le sable et devant eux, un homme est entrain de scier un filao. Ils soupirent. Et Michel Mendy d’ajouter : « D’autres viennent la nuit pour déposer des ordures quand les ramasseurs de poubelle ne passent pas ». Selon eux, la question des filaos est abandonnée par un Etat qui ne considère pas la question environnementale.

« L’érosion côtière menace Guédiawaye. Ailleurs, des villages qui ont subi l’érosion ont disparu, envahis par les eaux« . La plage de Guédiawaye est interdite à la baignade, à cause de la houle. Michel Mendy pointe du doigt ces arbres courbés : « S’ils sont penchés, c’est à cause du vent : ils servent de brise-vent. Si ces arbres disparaissent, ce sont les habitations qui vont être en danger à cause de l’embrun marin ».

Morfatim Biop, maraîcher, cultive ses légumes sur la bande littorale. (Crédit photo : Joséphine Gruwé-Court)

Si les habitations sont touchées par la destruction des conifères, les maraîchers installés sur la bande craignent d’être chassés de perdre leur source de revenus. Morfatim Biop et sa femme possèdent une parcelle de terre sur laquelle ils cultivent de la salade, des concombres et des navets, qu’ils revendent sur le marché. D’un côté de la parcelle, des filaos, et de l’autre, une dune privée de ses arbres, où un chantier a démarré. « Si la zone est détruite, on perd notre activité. L’Etat fait du forcing. On a fait un sit-in pour protester contre le disparition des arbres mais on a été délogés par la police », se souvient Morfatim. Son rateau à la main, le visage fatigué, il explique que l’Etat lui a proposé 50 000 francs CFA (75 euros, NDLR) pour les déloger. En réponse, Mamadou Diawaran, secrétaire générale de la ville de Guédiawaye, explique que ces maraîchers ne se sont pas installés légalement :« Aujourd’hui, on n’est pas en mesure de garantir qu’ils pourront rester ou pas« .

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