Comment Kaolack s’organise pour célébrer Macky Sall

Ils étaient plusieurs milliers à assister au meeting du président sortant Macky Sall ce mardi, à Kaolack, ville centrale du Sénégal. Originaire de la région, l’actuel chef de l’Etat a été accueilli avec faste. Reportage dans les coulisses d’un rendez-vous très organisé.  

Plusieurs milliers de personnes sont venues assister au meeting. (Crédit photo : Imen Mellaz)

Sifflets, tam-tam, habits colorés, danse, et faux lions. La scène est animée, mais nous sommes bien dans un meeting politique. La ville de Kaolack s’est drapée de ses plus beaux apparats, et ses habitants aussi. Même les boubous sont à l’effigie du président Macky Sall, attendu ce mardi soir pour une rencontre avec ses habitants.

Il faut dire que l’actuel chef de l’Etat est originaire de la région. Fatick, sa ville de naissance, est à moins de 50 kilomètres. Sur la route du stade Lamine Gueye où le rendez-vous est prévu, une haie d’honneur s’est formée de part et d’autre de la route en attendant la voiture présidentielle. De petits groupes s’invitent sur le bitume, et dansent au son des klaxons, des clameurs des fervents supporters, et des tambours. Ils sont des milliers à attendre l’allocution de l’enfant du pays, autrefois élève au lycée de Kaolack avec l’actuelle maire de la ville, Mariama Sarr. Et le président sait se faire désirer: en Casamance la veille, il prévoit un meeting à 18 heures à Kaolack, premier rendez-vous de sa tournée dans la région des arachidiers. Macky Sall n’arrivera qu’à 21h30, pour s’exprimer à 23h.

Derrière ce rassemblement populaire, une organisation bien ficelée pour que la fête soit totale. « C’est notre chef religieux qui nous a donné les t-shirt et nous a dit de venir ce soir », affirme Aminata, entourée de ses amies collégiennes, qui arborent toutes le visage du président sur le devant du t-shirt. Derrière, l’inscription « Pour la réélection de Macky Sall dès le 1e tour » laisse entrevoir que la ville lui est acquise.

Une ville derrière le président

A Kaolack, le poids des confréries est important, et les chefs religieux sont accueillis comme le président lui-même. Mouvements de foule, photos, serrages de mains: ils arpentent eux aussi le tapis rouge en direction de la scène. Si le président les a placés sous la lumière, l’enjeu est aussi électoral. Les consignes de vote de ces acteurs locaux peuvent peser sur le résultat du scrutin. Aucune surprise donc à les voir défiler à la tribune pour vanter le bilan du président et afficher leur soutien. Les discours s’enchaînent, retransmis sur deux écrans géants, dans un stade comble.

C’est aussi l’enfant du pays qui est salué ici. Proche de Macky Sall, la maire de la ville est bien présente. Au-delà de l’ambiance de fête, les habitants sont venus défendre celui qu’ils appellent leur leader. « Il travaille bien, a fait beaucoup pour Kaolack », poursuit Amy. Moustafa, étudiant en logistique à Dakar, met en avant la connaissance de la région du président: « Macky Sall, il maîtrise le monde rural. C’est seulement grâce à lui qu’on s’est sentis intégrés au pays ». Mbaye Ndour, agriculteur, apprécie que le chef d’Etat ait subventionné le prix d’achat de l’arachide et le prix d’achat des moteurs pour les pêcheurs en pirogue. Selon lui, « l’impôt qu’on donne, il nous le rend bien ».

Beaucoup apprécient l’attachement du candidat de l’APR à la région, sa proximité avec les habitants et sa loyauté envers le pays. Moustafa souligne: « Macky, c’est un enfant d’ici. Il a grandi à Fatick, il a fait son lycée à Kaolack, son université à Cheikh Ante Diop. Il n’est pas parti comme certains faire ses études en Europe. »

« Même s’il arrivait demain, on l’attendrait ! »

Dans la bouche des sympathisants, les éléments de langage se répètent. Comme une partition bien apprise. « C’est un travailleur », « il a fait en sept ans ce que Wade avait fait en douze ans, et que Senghor et Diouf ont fait en 40 ans » sont des formules toutes faites présentes dans toutes les bouches, au même titre que la liste précise de ses réalisations: le train express, les bourses familiales, les autoroutes, l’arène de lutte de Dakar, etc. Tous sont au diapason et se font rabrouer s’ils détonent. Lorsqu’Adama Diouf, 15 ans, explique qu’elle soutient à la fois Macky Sall et Ousmane Sonko, précisant qu’elle espère « que Sonko travaillera aussi bien que le président », la réplique fuse d’un de ses aînés: « C’est le plus nullard, il bavarde trop ». Un autre surenchérit: « il est trop jeune, vraiment pas assez mûr ».

Ils affichent une forte détermination. Eux sont là depuis 8 heures du matin. Pape Touré, technicien, avoue sa fatigue, mais décide de passer outre: « Même s’il arrivait demain, on l’attendrait ! « Certains sont arrivés de bonne heure. « Je suis là depuis 6 heures ce matin. On voulait être bien placés », explique Amadou Mangane, tapissier de profession. D’autres assurent y avoir passé la nuit. De 7 à 77 ans, ils ont bravé un mercure à près de 40°, et attendent patiemment.

Mais les opposants remettent en question la liesse et la ferveur de ce rassemblement. A la sortie du meeting, Moustaffa l’affirme: « tous ces gens-là ne vivent pas à Kaolack, ils ont été amenés d’ailleurs par bus ». Mbaye, étudiant en communication, va même plus loin: « ces personnes, on les a payées pour qu’elles viennent et qu’elles restent ». Les supporters du président ont une réponse toute trouvée et y voient une simple organisation: « C’est ce que tous les opposants disent, c’est le jeu! Mais ce sont eux qui payent des gens pour remplir leurs meeting« , rétorque Alioune, chômeur. Pape Touré est plus timoré: « c’est normal de donner à boire et à manger à ceux qui attendent longtemps, mais avec 2000 francs CFA, tu ne peux pas acheter quelqu’un ». Alioune s’offusque: « Moi, je préférerais mourir de faim plutôt que de m’afficher avec un candidat que je n’aime pas. »

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