Une application collaborative pour mettre de l’ordre dans les transports dakarois

Face aux retards et dysfonctionnements des services de transport à Dakar, une application promet de faciliter la vie des usagers. WeeGo, encore confidentielle, compte sur un modèle collaboratif pour optimiser les déplacements dans la capitale sénégalaise.

Vérifier son itinéraire, être averti des retards, connaître le coût d’un trajet,… tout cela reste pour l’instant de l’ordre du fantasme à Dakar, ville où le transport peut s’avérer chaotique. Des jeunes ont lancé WeeGo, une application pour remédier à ce désordre. « J’avais des problèmes tous les jours quand je voulais aller à l’université en transports en commun, à la fois au niveau des retards et des trajets« , raconte Mor Niane, étudiant en informatique à l’Ecole supérieure polytechnique de Dakar. Avec trois amis, il décide alors de concevoir un programme basé sur les contributions de ses utilisateurs, sur le modèle de Waze, l’application collaborative de navigation GPS, mais en l’adaptant aux réseaux de transports des pays émergents.

Des informations collectées grâce aux utilisateurs

En plus de répertorier les lignes les plus empruntées, l’application propose d’optimiser son temps grâce au calcul de l’itinéraire le plus rapide. Au lieu de retracer les lignes une par une, les développeurs ont conçu un modèle collaboratif. Les utilisateurs volontaires partagent leur position et transmettent leurs données sur le trajet des bus, le temps de trajet et le coût du voyage.

Mais pour inciter au partage de données, les jeunes ingénieurs ont mis en place un système de récompenses. Lorsque les utilisateurs livrent leurs informations à l’application, ils gagnent des points qu’ils peuvent dépenser dans une boutique. Ces cadeaux vont de la recharge téléphonique au disque dur externe. Pour le lancement de la prochaine version, un iPhone de dernière génération pourra être gagné par l’utilisateur le plus zélé. Cette incitation à la collaboration est nécessaire au bon fonctionnement de l’application selon Mor Niane: « Le plus important, c’est le modèle d’intelligence artificielle qu’on a développé. Grâce à lui, on peut prédire les retards en utilisant les données de Google Maps sur la congestion du trafic. Et ce modèle global est affiné grâce à la participation des utilisateurs ».

Mais comment assurer la pérennité du projet? Les leviers pour rentabiliser l’application n’ont pas encore été mis en place. Cela reposerait sur de la publicité géolocalisée et un système d’abonnements pour les utilisateurs qui ne souhaitent pas partager les informations sur leur trajet. La vente de données à des entreprises n’est pas exclue, ainsi que la mise en place d’une commission sur la vente de tickets de bus.

Après des débuts compliqués dûs au manque de culture collaborative au Sénégal, 3400 personnes utilisent désormais l’application, principalement des jeunes étudiants. Une position encore confidentielle, dans un pays où la quasi-totalité de la population dispose d’un smartphone. Mais le groupe d’amis informaticiens ne manque pas d’ambition pour étendre leur service. Une nouvelle version qui prendra en compte les taxis et les trains en plus des bus sera mise en ligne dans trois mois. Pour toucher une population plus âgée ne disposant pas d’un smartphone, un standard téléphonique qui ne requiert pas de connexion internet devrait être mis en place.

« Une solution africaine pour les transports au lieu d’attendre l’arrivée d’Uber »

Cette logique d’expansion s’étend également en dehors des frontières sénégalaises. Après le lancement de WeeGo dans la ville marocaine de Khouribga au début du mois de février, les startuppers voient grand: « Nous ne restons pas sur ce qui se passe au Sénégal. Ce qu’on veut, c’est avoir une solution africaine pour les transports au lieu d’attendre l’arrivée d’Uber car tous les pays africains sont confrontés aux mêmes problèmes de circulation et de transports en commun. Mais le prochain pays dans lequel nous comptons aller, c’est le Liban. Il y a beaucoup à faire là-bas« .

WeeGo s’insère aussi dans une vision plus large de la société, à la fois en termes d’égalité sociale que d’écologie: « Selon moi, les transports en commun, c’est l’avenir. Ce qui risque de disparaître, c’est le transport informel. Mais les bus peuvent être plus efficaces que les voitures », estime le créateur de l’application. Une gageure à la vue du paysage automobile vieillissant et polluant à Dakar.

Avec son projet, il compte contribuer à « réduire le trafic et de diminuer le niveau de pollution ». Pour lui, « il faut en faire une solution de mobilité pour tout le monde et pas seulement pour les pauvres. Pourquoi pas faire des bus électriques pour attirer une autre catégorie de la population? ». Avant le déploiement de ce genre de véhicules à Dakar, WeeGo aura probablement le temps de mener à bien ses ambitions africaines.

Crédits photo : Anaëlle De Araujo

1 Comment

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