À Saint-Louis, l’érosion continue de ronger la ville

A Saint-Louis, au nord du Sénégal, l’océan grignote chaque année trois à six mètres de terre. En février 2018, Emmanuel Macron s’était rendu dans le quartier de Guet Ndar, situé à l’Ouest de la ville, qui est le plus menacé, et il avait promis une aide financière. Mais un an plus tard, la situation semble avoir empiré, car la bonne solution technique n’a pas encore été définie. En novembre, de puissantes vagues ont détruit des dizaines de maisons, laissant ainsi plusieurs familles à la rue. 

Traversée par le fleuve Sénégal, au bord de l’océan atlantique, la ville de Saint-Louis, au nord du pays, est en contact permanent avec l’eau. Mais sous l’effet du changement climatique, l’océan est en train de devenir un véritable danger. L’érosion ronge la côte et la mer peut gagner jusqu’à cinq mètres par an. En conséquence, la Langue de Barbarie, une bande de terre entre le fleuve et l’océan, pourrait complètement disparaître. Avec près de 700 habitants au kilomètre carré, Guet Ndar, le quartier des pêcheurs situé en bas de la presqu’ile, connaît l’une des plus importantes densités de population du pays. C’est l’endroit le plus menacé.

Le quartier de Guet Ndar, situé sur la Langue de Barbarie, est menacé par l’érosion côtière.
(Capture d’écran Google Maps)

Il y a un an, Emmanuel Macron s’était rendu à Guet Ndar pour mesurer les dégâts. Il avait alors annoncé le déblocage de 15 millions d’euros pour contribuer au sauvetage de la Langue de Barbarie. « Si nous n’agissons pas, Saint-Louis va disparaître« , avait-il écrit sur son compte Twitter. Mais un an après sa visite et l’annonce du versement de ces fonds, les quelques travaux qui ont été entrepris ne sont pas encore terminés. Et les experts se déchirent encore pour savoir quelle serait la bonne solution technique mais surtout durable pour sauver la côte.

Sur ce qu’il reste de la plage de Guet Ndar, les animaux côtoient les ruines et les déchets.
(Crédit photo : Blanche Vathonne)

Alerter sur les réseaux sociaux

En attendant les travaux, le phénomène inquiète de plus en plus les saint-louisiens. Parmi eux, Makhtar Ndiaye, 27 ans, activiste, qui tente d’alerter sur les réseaux sociaux. « J’ai filmé des images et je les ai postées sur Facebook. Une vidéo a même été vue plus de 80 000 fois !« , s’exclame-t-il. « Je ne suis pas spécialiste de la question mais l’eau on ne l’attend pas, on l’attaque« , ajoute-t-il.

Makhtar Ndiaye a 27 ans, il alerte régulièrement sur l’érosion côtière, l’insalubrité et la politique à Saint-Louis. (Crédit photo : Chloé Sartena)

La Langue de Barbarie sert de bouclier. Mais pour l’activiste, la ville va bientôt disparaître si aucune solution durable n’est proposée. « Il faut que les projets soient mis en route plus rapidement. Mais il faut aussi que les populations soient sensibilisées« , déplore Makhtar.

A ce stade, la meilleure protection contre la mer reste encore le mur érigé par les colons français en 1930. Haut de sept mètres, dont quatre sous terre, ses ruines font encore office de barrière contre les vagues. Mais plus pour longtemps.

Le mur construit par les colons en 1930 reste la seule protection contre la montée des eaux.
(Crédit photo : Blanche Vathonne)

Des constructions non durables

Pour remplacer ce mur, l’Etat sénégalais a commencé à construire une digue en février 2018 à Goxu Mbathie au Nord de la ville. Mais elle s’est affaissée quelques mois plus tard. Coût de cette solution: 3,6 milliards de francs CFA soit 5,5 millions d’euros. Pour Dah Dieng, géographe et professeur à l’université de Saint-Louis, cette solution n’est pas la bonne.

Le géographe Dah Dieng sur ce qu’il reste de la digue construite par l’Etat sénégalais en 2018. (Crédit photo : Chloé Sartena)

« Cette digue a certes été faite. Mais elle a été mal faite puisqu’elle est déjà engloutie avant même d’être terminée« , explique-t-il.

Une nouvelle digue est en cours de construction par le groupe français Eiffage grâce au déblocage de 16 millions d’euros engagés par l’Agence française de développement en novembre dernier, suite aux annonces d’Emmanuel Macron.

C’est le groupe français Eiffage qui est chargé de construire une digue financée par l’Etat sénégalais à hauteur de 3,6 milliards de francs CFA. (Crédit photo : Chloé Startena)

Et par ailleurs, l’AFD a lancé des études pour trouver une solution plus durable. C’est ici que réside le problème selon Dah Dieng: « Souvent, la population n’est pas consultée, déplore-t-il. Les cabinets ont les moyens de faire des études mais n’ont pas l’expertise du terrain. Il faut qu’ils aillent voir les acteurs directement« . Après un appel d’offres international, l’AFD a finalement choisi Egis (un cabinet français) et Deltares (un cabinet hollandais). Ils ont rendu leurs premières conclusions il y a quelques mois. Mais ils ne font encore aucune réelle proposition.

En attendant leur solution technique, en novembre dernier, une houle a emporté plusieurs maisons, une école et une mosquée. Certaines familles se sont retrouvées du jour au lendemain sans domicile et les enfants déscolarisés. Deux personnes ont même perdu la vie en pleine nuit car leur maison s’est effondrée. Le long de la côté, le sable est jonché de déchets. Au milieu des décombres de leur ancienne école, des enfants jouent à cache-cache.

De nombreuses maisons du quartier de Guet Ndar ont été détruites par les vagues.
(Crédit photo : Blanche Vathonne)

Des tentes de fortune comme solution

Certains sinistrés ont tout de même été évacués fin 2017. Placées sous des tentes de fortune plantées dans un camp très précaire situé à la sortie de la ville à Khar Yalla, environ 300 personnes vivent sans eau courante ni électricité depuis un an et demi. Les familles disposent de six toilettes situées dans des cabanes à l’extérieur et de seulement deux points d’eau. Une situation dénoncée par Makhtar qui y a tourné plusieurs vidéos. « Lorsque j’ai posté la vidéo, les gens n’arrivaient pas à croire que ça se passait au Sénégal. C’est comme un camp de réfugiés de guerre« , soupire-t-il.

Environ 300 personnes vivent sous des tentes de fortune à Khar Yalla depuis un an et demi. (Crédit Photo : Chloé Sartena)

Asthme, moustiques, mouches, eau stagnante: ces familles vivent dans des conditions sanitaires désastreuses et l’Etat n’a toujours pas proposé de solution pour les reloger. Ceux qui ont les moyens ont boudé les tentes et sont allés s’installer autres part. Certaines familles, les plus pauvres, sont quant à elles retournées vivre à Guet Ndarpour pouvoir reprendre la pêche, au péril de leur vie.

Pour Thiane Fall, 52 ans, qui habite le camp, vivre là est source d’une véritable exclusion. « Si ça ne tenait qu’à nous, nous serions partis depuis longtemps. Mais les gens qui nous installés ici s’en moquent« , déplore cette mère de famille.

Thiane Fall, 52 ans, habite sur le camp de Khar Yalla depuis un an et cinq mois. (Crédit photo : Chloé Sartena)

Installée avec une dizaine de personnes dans une seule tente atteignant des températures souvent insoutenables, Thiane Fall ne fait plus rien depuis un an et cinq mois. « Les femmes qui vendaient des poissons craignent pour leur sécurité. Les taxis coûtent trop cher et les bus ne fonctionnent pas lorsqu’il fait nuit. Donc on reste ici et on ne fait rien« , affirme-t-elle en essayant de chasser les dizaines de mouches posées sur son visage. « Vous voyez cette femme, nous dit-elle en montrant du doigt sa voisine allongée sur le sol, elle est paralysée. Elle a attrapé ça ici« , affirme-t-elle.

Seuls les hommes qui partent en mer plusieurs jours, voire plusieurs semaines, parviennent à subvenir aux besoins de leurs familles. Aucune activité économique ne se développe autour du camp, où les enfants, souvent déscolarisés, errent toute la journée au milieu des chèvres et des déchets. Thiane Fall n’a qu’un seul souhait: « J’espère juste être quelque part avec ma famille et vivre décemment« .

Les familles vivent à même le sol dans des tentes de fortune. (Crédit photo : Chloé Sartena)

La Banque mondiale a annoncé un projet de relogement, appelé « WACA« , qui devrait aboutir à la construction de préfabriqués dans la région de Diogop au centre du pays. Puis des maisons devraient être construites d’ici à 2024. Mais Mahktar ne cache pas son scepticisme: « Le projet des préfabriqués est pour moi à l’image des tentes. » Il garde pourtant espoir pour les populations en attente de relogement: « Selon mes dernières informations, l’AFD au Sénégal aurait trouvé une solution durable. On ne sait pas encore ce que c’est.« 

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