Dans la caravane des militants « anti-système » d’Ousmane Sonko

Le jeune parti Pastef du candidat Ousmane Sonko se montre très critique avec le pouvoir en place. Immersion dans la caravane dakaroise de ses militants, en campagne dans les rues de Dakar. 

Ils filent à droite, à gauche, dans les ruelles adjacentes. Tracts à la main. Lorsqu’ils sont à court, ils reviennent vers l’une des 25 voitures qui suivent le char de tête, ses enceintes et sa musique. Entre les morceaux, des « Sonko Président! » repris en choeur par la centaine d’hommes et de femmes au polo blanc.

Pendant qu’Ousmane Sonko mène la campagne à l’intérieur du pays, ses partisans battent le pavé dans la capitale. Ce samedi, ils cheminent de Dakar-Plateau jusqu’à Medina. Les « patriotes » couvrent ainsi toute la pointe sud-ouest de Dakar. Pour beaucoup d’entre eux, c’est la première expérience politique.

Casquette blanche « Sonko Président », un jeune homme court sur la gauche du convoi. Il tracte, se fait dépasser par la caravane, bloque le carrefour puis remonte la file pour recommencer l’opération. C’est Mohammed Lamine Ngom, 23 ans. L’un des rares à avoir un polo noir, acheté voilà longtemps. Responsable des jeunes du quartier, il voit en Sonko « un modèle », le seul capable d’exercer le pouvoir autrement.

Briefing des militants Pastef avant le départ de la caravane. Crédit photo: Gaël Flaugère

Alors l’étiquette anti-système, oui, il la revendique. « Depuis les années 60, rien n’a changé dans la manière dont on a fait de la politique. C’est ça le système », explique-t-il. « La justice est toujours manipulée dans ce pays, et certains de nos députés sont des militants qui ne comprennent pas les lois. » Ce système qu’il dénonce, le jeune homme pourrait en parler pendant des heures. Selon lui, ce sont de grands acteurs étrangers (et notamment français) qui captent les fruits du développement sénégalais.

Redoubler d’efforts

Autre partisan de Sonko dans la caravane, Mohammed. Ce jeune homme évoque le libéralisme avec des étoiles dans les yeux. Quand il devise sur l’économie, il parle opportunités, business, création. D’ailleurs, lui ne veut pas d’une carrière politique, mais devenir entrepreneur pour créer des emplois. Dans quel domaine ? Peut-être d’abord dans l’élevage et le maraîchage. Puis dans la technologie: « je ne me limite pas. »

Retour dans une voiture de la caravane. « Sonko Rek ! » crie un militant Pastef par la fenêtre, en tendant ses tracts aux passants. « Sonko, le seul ! » en français. Au petit jeu des alliances, c’est pourtant Idrissa Seck qui semble le mieux placé pour un éventuel deuxième tour face au président Macky Sall. Les partisans de Sonko en sont conscients, alors ils redoublent d’efforts. « On a beaucoup de sympathisants, mais peu de militants« , explique l’un d’eux alors que le convoi tourne à angle droit vers une petite rue commerçante.

Ambiance: Chanson composée pour soutenir la campagne d’Ousmane Sonko, diffusée en tête de caravane

« Le programme, lisez le programme ! » En tête de cortège, les enceintes alternent entre musique composée en l’honneur de Sonko, et prises de parole. Contrairement aux « anti-système » européens, les militants du Pastef se revendiquent constructifs. Leur candidat a un programme bien défini. Pour eux, c’est une force. Et une différence par rapport aux autres postulants.

Un homme ouvre la portière d’une des voitures de tête et se poste sur le trottoir en terre, à droite du convoi. C’est Doudou Mané, le secrétaire du Pastef à Dakar. Il attend les journalistes pour une déclaration à mi-parcours. « Comment convaincre les personnes dans la rue ? » lui demande un journaliste sénégalais. « Par le programme« , répond-il.

Un mouvement jeune et urbain

A l’approche de l’université, les clameurs augmentent. Pour grossir, le parti s’est, dès sa création, en 2014, appuyé sur la jeunesse. Son slogan : «je vote et je fais voter ». Les jeunes sont ainsi invités à amener le débat dans leur famille, auprès de leurs proches. « On parle aux personnes qui sont frustrées par la politique« , explique Doudou Mané.

A l’entendre, la sympathie ressentie dans la rue est liée à une volonté de changement, un désir d’en finir avec une politique traditionnellement clanique. La frustration toucherait surtout les étudiants, les intellectuels et les membres de la sphère économique… Raison pour laquelle le Pastef trouverait ses forces vives dans les pôles urbains.

Restent deux obstacles majeurs. Le premier, le mouvement « Sonko Président » est très précaire financièrement. Ce sont les militants qui cotisent pour organiser les événements. Les casquettes, t-shirts et polos qu’ils portent dans les rues de Dakar, ils les ont achetés sur leurs deniers personnels.

Second obstacle, la peur. Du haut de ses 23 ans, Mohamed parle du « courage » nécessaire pour entrer au Pastef. Beaucoup de militants Pastef n’ont pas confiance en la justice de leur pays. L’exemple Karim Wade, condamné en 2015 dans des circonstances douteuses pour enrichissement personnel, est dans les têtes des membres de la caravane.

Une longue traversée

Mohammed, lui, veut calmer le jeu, que Sonko gagne ou perde l’élection. « Nous sommes tous des Sénégalais, nous visons tous le même objectif de développement. J’espère qu’après l’élection, les choses deviendront plus calmes et qu’on pourra tous réfléchir ensemble. »

Bloquée dans les rues de Dakar, la caravane avance toujours au pas. Il lui faut pas moins de trois heures pour parcourir le kilomètre et demi qui sépare son point de départ du quartier universitaire. Le début d’une longue traversée. L’objectif ? Parcourir ainsi les 52 communes de la capitale avant le premier tour prévu le 24 février.

1 Comment

  1. Merci pour cet article, c’est chouette d’avoir une bande sonore!

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