Dakar, plongée dans la poussière

La capitale sénégalaise connaît régulièrement des épisodes de pollution, causés par les vents du Sahara comme la prolifération de véhicules. Le Centre de gestion de la qualité de l’air surveille de près le taux de particules fines. Il informe la population, mais sans qu’aucune autre mesure ne soit prise pour l’instant.

Quelques bureaux et un laboratoire à l’arrêt. Niché dans le bâtiment de la Direction de l’environnement et des établissements classés, dans le quartier du plateau, à Dakar, le Centre de gestion de qualité de l’air dispose de modestes locaux. Pourtant, sa mission est de taille : évaluer la qualité de l’air de Dakar et alerter sur les pics de pollution. Or, c’est le cas en ce moment où la qualité de l’air est jugée « mauvaise » -sur une échelle allant de « bon » à « très mauvais »- depuis le 6 février et ne devrait s’améliorer progressivement qu’à partir du 10 février.

La capitale du Sénégal souffre régulièrement d’épisodes de pollutions qui font régner dans les rues un brouillard malodorant. C’est dû pour une part aux vents de sable du Sahara et pour une autre part à la prolifération de vieux moteurs diesel, prisés par les nombreux taxis qui forment les embouteillages de Dakar.

« Le sable arrive souvent en saison sèche, avec des vents qui nous viennent du Mali et de la Mauritanie, deux points d’entrée de la poussière désertique du Sahara. Lorsqu’il pleut, l’air est en quelque sorte lessivé », explique André Dioh, chargé de modélisation au centre depuis sept ans. Son rôle : établir des prévisions à partir des données recueillies par les six stations, implantées à Dakar. Chaque jour, un indice de la qualité atmosphérique est publié sur le site internet de l’institut, faisant office de bulletin d’information pour les Dakarois mais aussi pour les autorités sénégalaises.

La pollution, pas une priorité pour les autorités

L’âge avancé des véhicules sénégalais pèse aussi beaucoup sur la qualité de l’air. En moyenne, le parc a plus de 15 ans. Or, limiter le trafic automobile dans la capitale n’est pas pour l’instant dans les projets du gouvernement : « On n’en est pas encore là malheureusement, déplore Boubacar Mbodj, conseiller Energie et Environnement du président Macky Sall. La seule chose que nous avons mise en place est un programme de renouvellement des vieux cars urbains (appelés cars rapides et extrêmement polluants ndlr). Les taxis sont aussi très polluants. »

Sur l’avenue Cheikh Anta Diop, le nombre élevé de taxis délabrés contribuent à la pollution de l’air. Crédits : Caroline Baudry

Ce phénomène de pollution ambiante est donc connu par les autorités sénégalaises, mais ne semble pas être une priorité pour autant. « C’est un problème assez sérieux mais il est beaucoup plus sévère en Mauritanie par exemple. Ces épisodes de pollution sont gênants à Dakar, mais limités dans le temps, explique Boubacar Mbodj. Toutes les mesures que l’on peut prendre sont individuelles, auprès des personnes les plus sensibles, comme leur recommander d’éviter de faire du sport, de passer trop de temps dehors, de s’éloigner du centre-ville, zone la plus polluée… »

Car le dépassement des normes PM10 (concentration de particules dans l’air) occasionne de nombreux problèmes sanitaires parmi la population. « La poussière peut avoir différentes tailles et plus sa taille est petite, plus elle est nocive, analyse André Dioh. Lorsque la particule est de 10 micromètres (PM10), elle ne dépasse pas les voies respiratoires dans l’organisme. Mais lorsqu’elle est de 2,5 micromètres (PM2,5), là, c’est plus grave car elle peut aller dans le sang. C’est là que des maladies interviennent, comme des cancers, des AVC, etc. »

Dakar, deuxième ville la plus polluée du monde ?

Un classement de l’OMS donnait dernièrement Dakar en deuxième position parmi les villes les plus polluées au monde derrière Delhi, en termes de concentration de particules fines PM10. Une piètre position, à toutefois relativiser pour André Dioh : « Avec l’Afrique du Sud, nous sommes les seuls en Afrique subsaharienne à recueillir des données sur la qualité de l’air et à les publier. Ce genre de dispositif n’existe pas ailleurs en Afrique de l’Ouest. Comment voulez-vous faire une comparaison entre des pays qui ont des données et d’autres qui n’en ont pas ? C’est pour cela que l’OMS prend seulement en compte les pays qui font des mesures. »

Mais André Dioh semble optimiste quant à une possible avancée sur ce sujet épineux. « Avoir un dispositif de mesure est déjà un premier pas. Et puis la population a de plus en plus conscience du problème, en partie grâce à la diffusion des informations que nous donnons, facilitée par les médias depuis quelques années. » La mise en oeuvre de véritables mesures pour limiter la pollution est donc, pour lui, l’étape suivante.

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